[CRITIQUE] Fences, de Denzel Washington

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Entre désillusions et révolution, Fences observe les répercussions et les actes d’un père de famille sur son entourage. Denzel Washington érafle l’image patriarcale à travers un personnage complexe, reflétant une Amérique en plein changement mais ancrée dans ses convictions, mais si l’histoire est globalement intéressante… le rythme frôle l’indigestion. En adaptant la pièce de théâtre au cinéma, Denzel Washington conserve les mêmes codes, ce qui crée un film un poil désarticulé et difficile à cerner, malgré les performances impeccables de l’ensemble du casting, dont une Viola Davis grandiose.

Le pitch : L’histoire bouleversante d’une famille où chacun lutte pour exister et être fidèle à ses rêves, dans une Amérique en pleine évolution. Troy Maxson aspirait à devenir sportif professionnel mais il a dû renoncer et se résigner à devenir employé municipal pour faire vivre sa femme et son fils. Son rêve déchu continue à le ronger de l’intérieur et l’équilibre fragile de sa famille va être mis en péril par un choix lourd de conséquences…

Fences, c’est avant-tout une pièce de théâtre écrite par August Wilson en 1983 et récompensée par un Prix Pulitzer et un Tony Award de la meilleure pièce en 1987. Pour son troisième long-métrage, après Antwone Fisher (2003) et The Great Debaters (2007), Denzel Washington choisit d’adapter cette pièce qu’il connaît déjà bien, puisqu’il l’a déjà portée sur les planches de Broadway, toujours en compagnie de Viola Davis.

L’histoire est centrée sur un père de famille, marqué par d’anciens rêves brisés et le poids de responsabilités, qui règne sur son entourage avec une poigne de fer que seule sa femme parvient à adoucir. Situé dans les années 50, Fences marque un époque et une communauté Noire qui commence tout juste à se libérer du poids de leur histoire et où la nouvelle génération se voit ouvrir des portes jusqu’alors inaccessibles pour les personnes de couleur. Entre éducation stricte et droiture, le film va prendre le temps de peindre un portrait précis sur cette cellule familiale avant de lentement faire glisser le curseur vers son personnage principal, pour mieux dévoiler ses secrets et autres trahisons.

Ce que j’ai aimé dans Fences, c’est la façon de le véritable visage du personnage principal se révèle au contact des autres.
Entre admiration et crainte, la caméra de Denzel Washington scrute la part d’ombre de son personnage, brisant son piédestal de chef de famille valeureux pour n’en faire qu’un homme, en mettant à nu ses failles et ses contradictions. Fences est un drame plein d’émotions, articulé autour d’un personnage aussi attachant que parfois antipathique et froid, tandis que l’histoire aborde des sujets importants sous la surface, entre les répercussions de la guerre, l’intégration des Noirs dans la société et la notion même du mariage.

Malheureusement, malgré un film potentiellement bouleversant, Denzel Washington fait le choix de transposer le théâtre au cinéma, sans – visiblement – revoir le rythme entre les scènes et les dialogues. Si au théâtre, les respirations sont prévues entre chaque acte, au cinéma tout est livré d’un coup : dès les premières minutes, Fences va s’imposer comme un film très TRÈS bavard et très dense. D’un coté, ce choix laisse le champ nécessaire aux acteurs de s’exprimer et de porter des scènes bouleversantes à travers des dialogues ou monologues d’une puissance qui prend aux tripes (Viola Davis a notamment une scène incroyable !) ; de l’autre, ce choix crée un rythme épileptique qui rend la lecture du film difficile : étourdissant, souvent assommant, Fences noie le spectateur sous un flot de paroles incessant et il est parfois difficile de remarquer le moment crucial où il se passe quelque chose de vraiment important.

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Si j’apprécie la prise de risque, l’idée de conserver l’aspect théâtrale dans le film rend le résultat indigeste et lourd, ce qui est très dommage étant donné que l’histoire de Fences est réellement intéressante et doit beaucoup à la performance souvent magistrale des acteurs.
Au casting justement, également réalisateur du film, Denzel Washington (Les 7 Mercenaires, Equalizer, Flight…) reprend ce rôle qu’il connaît bien et, comme toujours, est impeccable, aussi à l’aise dans le rôle d’un père implacable que dans celui d’un homme complexe, à la fois défaillant et droit. À ses cotés, il retrouve Viola Davis (Suicide Squad, Prisoners, How To Get Away With Murder…), quinze ans après Antwone Fisher, et l’actrice est absolument phénoménale et aurait dû, selon moi, être nommée dans la catégorie Meilleure Actrice aux Oscars (et non parmi les seconds rôles, même si, je sais, elle a plus de chances de l’avoir dans cette catégorie).
À leurs cotés, Jovan Adepo (The Leftovers…), Russell Hornsby (Suits…) et Stephen Henderson (Manchester By The Sea…) complètent un ensemble convaincant, et chapeau à Mykelti Williamson (American Nightmare 3…) qui tient un rôle pas évident mais qui arrive à rendre son personnage sincère et attachant – là où d’autres l’auraient rendu grotesque, peut-être.

En conclusion, Denzel Washington aime scruter l’humanité, même peu glorieuse, de ses personnages et le fait ici dans une histoire forte et portée par des acteurs de haut vol. Cependant, le choix de transposer la pièce de théâtre au cinéma rend Fences lourd et trop bavard, ce qui m’a personnellement épuisée. Un bon film, certes, mais pfiou… fatiguant. À voir.

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