[CRITIQUE] Split, de M. Night Shyamalan

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Étonnant et original, Split est un thriller fascinant alliant les mystères d’un trouble mental encore méconnu et une tension angoissante. M. Night Shyamalan tient, une fois n’est pas coutume, ses promesses et livre une intrigue prenante et habile, promenant le spectateur dans les recoins flippants d’une personnalité multiple, grâce à un James McAvoy excellent. Très bonne surprise !

Le pitch : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

Je vais vous dire un truc : ça faisait très longtemps que j’étais fâchée contre M. Night Shyamalan. Je m’étais même promis de ne plus retomber dans le panneau de ses bandes-annonces hyper alléchantes qui vendaient trop souvent un film nettement moins ambitieux derrière. D’ailleurs je n’ai pas vu la bande-annonce de Split avant de voir le film (et quelque chose me dit que j’ai bien fait), car j’étais trop souvent déçue à l’arrivée.
En 1999, M. Night Shyamalan créait la surprise avec le génial Sixième Sens, puis connaissait un certain succès avec Incassable un an plus tard. Mais depuis… Si Signes et Le Village divisent encore, je ne me gênerai pas pour vous dire que La Jeune Fille de l’Eau et Phénomènes m’ont à la fois déçue et énervée. Quoi, le vent ou les arbres poussent les gens à se coucher sous leurs tronçonneuses ? Mark Walhberg, vraiment ? Et la déception continue : Le Dernier Maître de l’Air brasse du vide, sa production Devil donne une nouvelle dimension à l’ennui, After Earth frise le ridicule… bref, c’est la disgrâce, la cata, je vire M. Night Shyamalan de ma mémoire.
Mais bon, je suis faible, voyez-vous et quand The Visit est sorti en 2015, je me suis dit « un film d’horreur ? Pourquoi pas ? ». Et là, petite lueur d’espoir : si son avant-dernier film était plutôt absurde, j’ai apprécié le twist final révélant la vérité sur les grands parents. Une réconciliation est-elle possible ?

Grâce à Split, je suis prête à redonner une chance à M. Night Shyamalan.

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En effet, M. Night Shyamalan livre un thriller captivant, mettant en scène un homme atteint d’une maladie mentale aussi étrange et dangereuse que fascinante : le trouble de la personnalité multiple. Alors que le film démarre avec l’enlèvement de trois adolescentes, Split va s’intéresser à son personnage, pour nourrir une intrigue oppressante, mêlant survival désespéré, non-dits étouffants et une angoisse viscérale qui s’intensifie de minute en minute. Si le film n’explore pas les 23 personnalités qui prennent en otage le corps de son héros, Split parvient à créer une empathie certaine pour cet homme, creusant sa psychologie à travers ses différentes interactions avec les autres, que ce soit sa psy ou au contact des adolescents. En effet, au-delà du thriller basique sur le kidnapping de 3 adolescents et l’arrivée imminente d’une « Bête » inquiétante, M. Night Shyamalan développe son sujet de façon intéressante, notamment en liant son héros avec l’une de ses victimes à l’enfance perturbée, permettant ainsi d’avoir une vision plutôt globale du mal qui s’immisce sur toute l’intrigue, et surtout du désespoir envahissant lié à un trauma d’enfance qui bout en filigrane.

Autant dire que la performance de James McAvoy aide beaucoup à asseoir la crédibilité de l’ensemble, grâce à la facilité avec laquelle il arrive à se glisser de façon convaincante dans la peau de chaque personnalité, qu’elle soit féminine, névrosée, enfant… sans jamais rendre le résultat ridicule. Au contraire, plus le personnage alterne les personnalités, plus Split a une emprise plus profonde donnant une dimension humaine à son héros, malgré ses agissements.

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En parallèle, M. Night Shyamalan s’intéresse aux capacités ignorées des personnes atteintes de troubles mentaux, transformant la maladie en une carapace protectrice bien qu’extrêmement déviante. À l’image du récent Mr Wolff de Gavin O’Connor, Split observe au-delà de la maladie, créant un pendant fantastique sur la mutation et des capacités cérébrales insoupçonnées qu’il insère dans une réalité accessible. Si bien que la menace approchante devient palpable, tant le film la rend possible sans pour autant céder à la démesure. Résultat, Split joue avec nos nerfs à travers une situation déjà tendue et de plus en plus opaque, cumulant de nombreuses sous-intrigues pour livrer un ensemble dense, prenant et souvent angoissant.
Ceci étant dit, pour avoir vu la bande-annonce APRÈS avoir vu le film, je pense que le teasing autour de Split et de sa fameuse bête pourrait en décevoir quelques-uns. Néanmoins, et pour la première fois depuis longtemps, M. Night Shyamalan ne déçoit pas et parvient à livrer un thriller au suspens tenaillant jusqu’à la dernière minute, grâce à une maîtrise suffisante de son sujet et à un personnage certes dangereux mais qu’il réussit à rendre humain et finalement d’une fragilité touchante, même à l’état sauvage.

Au casting, c’est donc James McAvoy (X-Men Apocalypse, Docteur Frankenstein, Trance…) qui porte le film sur ses épaules, brillant à travers une performance admirable et faisant presque regretter de ne pas avoir eu le temps d’explorer toutes les personnalités de son personnage. A ses cotés, Anya Taylor-Joy (Morgane, The Witch…) lui donne la réplique et entretient l’atmosphère sombre et un poil tordue du film, tandis que Betty Buckley (Phénomènes…) apporte un peu de douceur. Les jeunes Haley Lu Richardson (Ravenswood…) et Jessica Sula (Skins…) sont également de la partie, alimentant la partie survival du film grâce à une écriture qui puise dans les clichés sans trop s’y vautrer.

En conclusion, alors que je n’y croyais plus, M. Night Shyamalan livre un film surprenant et réussi, parvenant à entretenir le mystère et l’angoisse jusqu’au bout. Habité par un James McAvoy excellent, Split nous plonge dans les méandres des troubles mentaux et y nourrit un thriller aussi captivant qu’intelligent. À voir !

Au fait… ne partez pas trop vite, une petite surprise vous attend à la fin du film 😉

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2 réflexions sur “[CRITIQUE] Split, de M. Night Shyamalan

  1. J’ai hâte de le voir celui-ci, histoire de m’en faire mon propre avis. Et ça fait plaisir de lire une critique positive à propos d’une nouvelle sortie sur le vaste monde des blogs ciné… Ces derniers temps, je commençais à désespérer 🙂

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