[CRITIQUE] 20th Century Women, de Mike Mills

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20th Century Women est une belle découverte, même si derrière la légèreté du film se cache des messages forts et surtout une mélancolie très présente, mais aussi déconcertante. Le film de Mike Mills cristallise la fin d’une époque effervescente et solaire, avec beaucoup de nostalgie, à travers des personnages qui, malgré le contexte, restent très actuels. D’ailleurs, c’est à se demander si le combat des femmes a vraiment évolué depuis les années 70 !

Le pitch : Santa Barbara, été 1979. L’époque est marquée par la contestation et d’importants changements culturels. Dorothea Fields, la cinquantaine, élève seule son fils Jamie. Elle décide de faire appel à deux jeunes femmes pour que le garçon, aujourd’hui adolescent, s’ouvre à d’autres regards sur le monde : Abbie, artiste punk à l’esprit frondeur qui habite chez Dorothea, et sa voisine Julie, 17 ans, aussi futée qu’insoumise…

6 ans après Beginners, Mike Mills revient avec 20th Century Women, un film intime inspiré par sa propre histoire et surtout par les femmes qui ont traversé son enfance. Profondément engagé, mais pas poussif, le film découvre les femmes à travers les yeux d’un adolescent. Au-delà des portraits de femmes, 20th Century Women s’inscrit surtout dans une période en plein changement. La fin des années 70 marque une étape charnière, la fin d’une ère bienveillante, sociale et après-guerre, encore bercée par un rêve américain possible : bref, une époque lointaine où tout semblait aller presque bien, avant l’arrivée du SIDA, d’internet, de la télé-réalité, du terrorisme, etc… Conscient du bouleversement imminent qui flotte sur cette époque, Mike Mills imprime une nostalgie très présente tout autour de son film, le rendant parfois mélancolique.

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En effet, 20th Century Women veut rendre hommage à la mère du réalisateur, mais aussi aux femmes en général. Entre une mère effrontée, une survivante bohème ou encore une adolescente un poil délurée, le film observe ses personnages avec respect et sans jugement, cherchant nous plonger dans la psychologie de chacune, bousculées entre le monde dans lequel elles vivent et la vision qu’elles ont d’elles-même. Mike Mills n’arbore pas un étendard féministe et ne laisse pas ses personnages masculins sur le carreau, mais il cherche toute de même à remuer les consciences sur les préjugés communs en grattant la surface. Sous ses airs anodins, 20th Century Women porte un sujet nécessaire, entre féminisme, sexualité et libération, qui résonne encore aujourd’hui comme des combats toujours d’actualité – ce qui est quelque part inquiétant. Durant cette tranche de vie, le film explore la cellule classique familiale opposée à des miroirs disruptifs, mais surtout en avant les années 70 et sa mixité culturelle, imprimée par une ambiance punk et rock bien présente. D’ailleurs, pour l’illustrer, et au-delà de la bande-originale, 20th Century Women traduit son effervescence évanescente à travers ses personnages plein de contradictions, avec une générosité palpable qui les rend à la fois forts et attachants, mais surtout fragiles, comme sur le point de rompre à tout instant, comme si Mike Mills cherchait à capturer une dernière fois ces instants fugaces, cette année 1979, où tout allait (presque) bien.

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Au casting justement, Annette Benning (Ginger And Rosa, Imogene, Elle s’Appelle Ruby…) règne sur cet ensemble, incarnant un personnage rebelle, prêt à bousculer les conventions et modelée sur l’aviatrice disparue Amelia Earhart (enfin, sauf si vous avez déjà vu Torchwood ;-)). À ses cotés, Elle Fanning (Live By Night, The Neon Demon…) est comme souvent superbe et impeccable, tandis que, pour une fois, Greta Gerwing (Jackie, Maggie A Un Plan…) ne me fait pas grincer des dents.
Autour d’elle, Lucas Jade Zumann (Sinister 2…) observe ce petit monde entre crise d’adolescente et maturité, et enfin, Billy Crudup (Jackie, Spotlight…) s’en sort plutôt bien.

En conclusion, 20th Century Women livre un portrait solaire de femmes fortes et sensibles, à travers une époque charnière, entre féminisme, contradiction et affranchissement. Cependant, si le film de Mike Mills est porté par une ambiance chaleureuse, c’est surtout la nostalgie d’une époque révolue qui se dégage du film, le rendant souvent très mélancolique, comme si le réalisateur désespérait de revoir une telle génération si ouverte sur les autres et l’avenir. Et à vrai dire, c’est un peu contagieux. À voir.

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