[CRITIQUE] Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

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Grand Corps Malade partage son histoire dans son premier film, Patients, et livre une belle leçon de courage, d’espoir et d’humilité. Malgré la gravité bouleversante de son sujet, Patients garde le sourire jusqu’au bout. Si vous pensez que votre vie un peu merdique en ce moment, allez voir ce film très vite : y a pas mieux pour relativiser !

Le pitch : Se laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre. Patients est l’histoire d’une renaissance, d’un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul.

En 2005, Fabien Marsaud aka Grand Corps Malade débarque sur la scène musicale avec sa voix grave, sa haute taille, sa canne et son slam. Derrière cette nouvelle forme de rap poétique se cache une sacrée histoire, celle d’un jeune homme dont la vie à basculer après un accident qui l’a laissé paralysé. Cette histoire, il l’a partagée dans son livre en 2012, Patients, dont est aujourd’hui adapté le film, co-réalisé avec Mehdi Idir (metteur en scène de nombreux vidéoclips de Grand Corps Malade). Sans surprise, le film raconte l’année suivant l’accident, à travers le jeune Ben qui entre dans un centre de rééducation avec un diagnostic lourd, la tétraplégie.

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Pour tout vous dire, j’appréhendais un peu de voir ce film car j’avais peur de me retrouver face à un mélodrame larmoyant destiné à faire pleurer dans les chaumières. Mais en réalité, Patients met en avant un personnage qui refuse de s’apitoyer sur son sort, encore porté par l’énergie et l’espoir de retrouver sa vie d’avant. Alors que le cadre respire le point final, le film se focalise sur un personnage solaire et drôle, qui malgré sa condition physique porte sur lui une « normalité » détonante, si bien qu’il semble bien loin du terme « malade ». À travers Ben, le film nous fait découvrir le combat quotidien qui sévit dans les centres de rééducation, à travers une galerie de personnages à différents stades de la maladie, que ce soit en terme d’évolution ou d’acceptation. Au-delà de la nécessité vitale d’avancer qui transparaît sur le film, Patients relate avec justesse les états d’âme de ses personnages, entre prise de conscience douloureuse et relativisation, sans jamais céder au pathos. Au contraire, Patients ose l’humour et même une pointe de romance, dans un contexte pourtant très sombre, livrant des destins écorchés, stoppés net en plein vol et pourtant d’une humilité désarmante et profondément touchante. Au passage, le film n’oublie pas de dire merci au personnel médical qui se dévoue pour leurs patients, même ceux qui ne sont pas vraiment compétents, saluant la richesse humaine qui nourrit chaque instant du film.

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En effet, il ne s’agit pas juste de montrer des personnes en fauteuils roulants qui espèrent remarcher un jour : Patients observe surtout le long cheminement interne vers l’acceptation ou, pire, le déni total, rendant ses personnages entiers et incroyablement attachants. L’absence d’intimité, la dépendance complète aux autres, les adieux à une ancienne vie… Grand Corps Malade souligne chaque moment avec un regard lucide, sans apitoiement mais tel un constat simple et poignant, permettant au public de découvrir ce quotidien différent – pour ne pas dire difficile.  Pendant tout le film, je me suis demandé « et si ça m’arrivait un jour ? » et la réponse est là, dans le film : pas le choix, il faut avancer quand même.

Au casting : Pablo Pauly (La Fille de Brest, Papa Was Not A Rolling Stone, Amour Sur Place Ou À Emporter…) est une révélation, portant un personnage sympathique et solaire. À ses cotés, Soufiane Guerrab (Dheepan, La Loi Du Marché…) prouve qu’il peut être autre chose qu’un voyou, Moussa Mansaly (Colt 45, Mohamed Dubois…) et Franck Falise (Dheepan…) incarnent avec justesse des personnages bouleversants, tandis que Nailia Harzoune (Chouf, La Taularde…) ajoute une touche de féminité dans l’ensemble pour une romance certes un peu fabriquée mais portée par une résonance sincère.

En conclusion, à la fois nécessaire et humain, Patients permet d’avoir un nouveau regard sur le handicap, entre combat quotidien et humilité. Le film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir donne le sourire mais force également l’admiration, d’une part pour avoir réussi à faire vivre un tel sujet sur grand écran sans pathos, mais aussi parce que c’est un excellent film, touchant et juste. À voir.

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