[CRITIQUE] T2 Trainspotting, de Danny Boyle

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Le pitch : D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison. Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non. Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer. Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent. Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse…

Si la suite de Trainspotting existait déjà en livre depuis 2002 avec « Porno », toujours écrit par Irvine Welsh (l’auteur de Trainspotting), je pense ne pas avoir été la seule à ne pas attendre de suite au film de 1996. Et pourtant, vingt ans plus tard, nous y revoilà : Danny Boyle (Steve Jobs, Trance, 127 Heures…) récupère sa bande de tarés, jadis post-adolescents immatures et aujourd’hui quadras usés et pas plus finauds qu’avant. Certes, Danny Boyle a opéré quelques changements au niveau de l’adaptation du livre « Porno » (qu’il jugeait moins bon), mais T2 Trainspotting offre des retrouvailles réfléchies et abouties. Et pourtant… je reste mitigées.
En 1996, les héros avaient la vingtaine et la vie devant eux, même s’ils la ruinaient en drogue, il régnait dans ce premier film une frénésie juvénile, boostée par la jeunesse des personnages et l’esprit punk-rock so british qui estampillait chaque frame d’un massif « no future » je-m’en-foutiste et tonitruant. En 2017, c’est un peu la douche froide : les personnages n’ont pas changé… ou presque. L’âge les a rendu amers, rancuniers et défaitistes, Danny Boyle dépeint un portrait gris et un peu pathétique de ses héros englués dans un passé trop présent et un présent toujours sans futur, malgré le temps qui a passé. Pendant la première partie du film, T2 Trainspotting semble ne vouloir rien faire d’autres que raviver les cendres d’un succès éteint, puis petit-à-petit l’histoire parvient à se lancer… Oui, un peu à la manière du premier Trainspotting qui, durant sa première moitié, semblait errer sans but.

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Entre revanches et nostalgie, Danny Boyle mûrit ses personnages à travers une nouvelle aventure qui va les réunir à nouveau. T2 Trainspotting reste proche du premier film, avec des clins d’œil sympathiques allant même jusqu’à la revisite de scènes presque identiques et c’est probablement là la plus grande réussite du film. En effet, si cette suite n’était pas nécessaire, Danny Boyle boucle la boucle intelligemment, passant de l’histoire de ces gamins accros à la drogue et faisant tout pour oublier la réalité à ces adultes arrivés à un point mort de leurs vies et qui replongent dans leurs vieilles combines comme pour renouer avec le sentiment de liberté qu’ils éprouvaient alors. Il y a une certaine tristesse qui se dégage du film, comme si le réalisateur faisait un constat sur ces personnages qui finalement ne sont arrivés nulle part et continuent de répéter les mêmes erreurs. Si le film en lui-même laisse perplexe, Danny Boyle atteint tout de même son but : la stagnation étant le maître-mot des films Trainspotting, cette suite parvient à faire son bond dans le temps avec une logique implacable et un poil mélancolique, braquant les phares sur ce moment inéluctable où chacun observe sa vie droit dans les yeux pour y constater ses erreurs. Comme on me l’a judicieusement fait remarquer récemment, si le premier Trainspotting était une fuite en avant, T2 Trainspotting est une fuite en arrière : Danny Boyle transpose ses personnages dans une bulle nostalgique dans laquelle ils aimeraient bien retourner. Cependant, si le propos est brillant, le film en lui-même… manque d’éclat. On ne retrouvera jamais la folie du premier Trainspotting. Et surtout, avions-nous vraiment envie de savoir ce qu’ils étaient devenus ?

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Au casting, ce film est également l’occasion de fêter d’autres retrouvailles, celles de Danny Boyle et d’Ewan McGregor (American Pastoral, Un Traître Idéal…) – qui étaient un peu fâchés à cause du film La Plage (Boyle aurait été soudoyé pour engager Leonardo Dicaprio à la place d’Ewan McGregor). Si son personnage est le plus « normal » de tous, c’est finalement celui qui morfle plus plus et justement parce qu’il est conscient de son parcours. Ewan McGregor, mais aussi, Jonny Lee Miller (Elementary, Dark Shadows…), Robert Carlyle (Once Upon A Time…) et Ewen Bremmer (Snowpiercer…) reprennent leurs rôles sans difficulté, chacun se glissant à nouveau dans leurs personnages comme s’ils ne les avaient jamais quitté.

En conclusion, malgré des retrouvailles qu’on attendait pas, Danny Boyle signe une suite à la fois logique et aboutie. Cependant, si la stagnation de ses personnages est au centre du film, T2 Trainspotting baigne dans une résignation nostalgique qui rend parfois l’ensemble un peu confus et long à démarrer. À voir.

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