[CRITIQUE] Les Figures de l’Ombre, de Theodore Melfi

Pétillant et intéressant, Les Figures de l’Ombre dresse le portrait de femmes pionnières dans une Amérique ségrégationniste, avec humour et légèreté malgré ce cadre complexe et l’aspect biopic du film. Si le film n’élude jamais le fait que ses héroïnes sont Noires, Theodore Melfi s’attache surtout à reconnaître l’intelligence de femmes dans un milieu très masculin et sélectif, qui s’inscrit parfaitement dans une époque cloisonnée. Grâce à un trio de choc, Les Figures de l’Ombre évite de s’appesantir sur le racisme latent qui bout en filigrane pour proposer un film, justement, coloré, agréable et nécessaire !

Le pitch : Le destin extraordinaire des trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux États-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire longtemps restée méconnue est enfin portée à l’écran.

Malgré trois belles nominations aux Oscars 2017 – dont Meilleur Film, Les Figures de l’Ombre est reparti sans statuette. Et pourtant, cela ne gâche en rien la superbe du film de Theodore Melfi (St. Vincent…) qui a su amener un sujet ultra rabaché au cinéma dans un contexte différent et fun. À l’heure de la conquête de la lune, Les Figures de l’Ombre met en scène trois femmes qui ont travaillé dans l’ombre des hommes à la Nasa. Elles sont Noires, en plus d’être des femmes, dans une Amérique ségrégationnistes, ce qui, à ce moment-là, étaient deux défauts qu’il fallait se trainer. Si les mœurs de l’époque sont importantes dans ce film, Theodore Melfi n’en fait pas son cheval de bataille et préfère se reposer sur le problème racial pour en faire un ressort comique, afin de mieux mettre en avant l’intelligence et l’autonomie de ses personnages.
En effet, Les Figures de l’Ombre se révèle être une comédie envolée et pleine de vie, proposant des portraits sortant de l’ordinaire. Ici, pas de domestique maltraités, pas d’ouvriers de voirie payés aux lance-pierre, pas de révolutionnaire militant qui refuse de s’asseoir au fond d’un bus… le film va mettre en avant des personnages à la tête bien remplie, des pionnières dont j’ignorais totalement l’existence jusqu’alors et qui ont contribué non seulement à la lutte contre le racisme, mais surtout à asseoir la place des femmes à des postes cérébrales. Si le fond de l’histoire est important et solennel, la forme choisie par Theodore Melfi permet de passer un moment ensoleillé aux cotés de ces femmes battantes et attachantes, qui mènent de front un quotidien bourré d’embûches.

Ce qui l’emporte sur le reste, finalement, c’est la façon dont ces personnages parviennent à apprivoiser leurs entourages et à gagner leurs respects, sans jamais ruer dans les brancards. Malgré les forts caractères qui composent le film, Les Figures de l’Ombre conquiert en douceur, osant même flatter les romantiques avec une amourette grandissante en cours de routes. Si on est loin des grands dramas et biopics qui brassent à peu près les mêmes sujets, Theodore Melfi propose un film solide, portée par une histoire fédératrice qui parvient à créer un ensemble agréable et solaire, entre le but de ces femmes auxquelles on s’attache facilement, et des intrigues secondaires oscillant entre romances et amitiés, alors que les barrières s’abaissent petit à petit. J’ai failli aimer les mathématiques didonc !

Au casting justement, Taraji P. Henson (Empire, Think Like A Man…) tient le premier rôle et tente d’adoucir son image, à travers un personnage fort par obligation mais foncièrement sensible. À ses cotés, Octavia Spencer (Zootopia, Divergente…) est comme souvent touchante et drôle – ce qui lui a valu une nomination aux Oscars d’ailleurs – et Janelle Monáe (Moonlight…) s’impose sans mal dans ce trio de fortes personnalités, orchestré avec justesse. Autour d’elles, Kevin Costner (Criminal : Un Espion dans la Tête, Batman V Superman : L’Aube de la Justice…) est impeccable, Jim Parsons (The Big Bang Theory…) est convaincant en Sheldon adulte et mesuré, Mahershala Ali (Luke Cage, Free States of Jones, Oscar du Meilleur Second Rôle dans Moonlight…) retranscrit notre admiration pour ces femmes de tête, tandis que Glenn Powell (Everybody Wants Some, Scream Queens…) offre un peu de respiration parmi les personnages, loin des préjugés et Kirsten Dunst (Midnight Special…), de plus en plus rares sur grand écran, est excellente dans son personnage rigide.
À noter, la jeune Saniyya Sidney qui s’offre deux apparitions dans deux films à Oscars, ici en incarnant l’une des filles du personnages de Taraji P. Henson et également vue dans Fences.

En conclusion, Theodore Melfi retrace le portrait de femmes qu’il inscrit dans un contexte particulier sans s’appesantir sur son postulat et préférant mettre en lumière la force et l’intelligence de ces femmes prêtes à changer le monde, plutôt que leurs couleurs de peau. Nécessaire, drôle et solaire, Les Figures de l’Ombre est un petit régal qui arrive à pic pour nous sortir de l’hiver. À voir.

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