[CRITIQUE] Kong: Skull Island, de Jordan Vogt-Roberts (+ spoilers)

***Petits spoilers sur la scène post-générique en toute fin d’article !***

Jordan Vogt-Roberts revisite les origines du roi Kong dans une épopée spectaculaire et truffée de monstres en tous genre. Si l’action et le frisson sont au rendez-vous, Kong: Skull Island doit beaucoup à son héros colossal, tandis que le pendant narratif semble souvent accessoire et que les personnages humains ont une utilité discutable. Néanmoins, grâce à une histoire nouvelle, Kong: Skull Island propose un film d’aventure visuellement saisissant où chaque affrontement booste un ensemble souvent bancal et pourtant ultra divertissant.

Le pitch : Un groupe d’explorateurs plus différents les uns que les autres s’aventurent au cœur d’une île inconnue du Pacifique, aussi belle que dangereuse. Ils ne savent pas encore qu’ils viennent de pénétrer sur le territoire de Kong…

Déjà 3 films populaires sur King Kong (celui en noir et blanc de Ernest B. Schoedsack en 1933, celui avait la belle Jessica Lange et le tout jeune Jeff Bridges réalisé par John Guillermin en 1976 et la version génialissime de Peter Jackson en 2005) et je ne m’en lasse toujours pas !
Cette fois, plutôt que de revisiter l’histoire classique de King Kong, ce gorille géant découvert par des explorateurs sur une île perdue puis ramené à New York pour qu’il finisse par tout casser pour les yeux d’une belle blonde, Legendary Pictures et Warner Bros – les producteurs – se lancent un nouveau défi en choissant de créer un univers commun entre Godzilla, le film de Gareth Edwards (2014) et Kong: Skull Island de Jordan Vogt-Roberts. Du coup : oubliez l’histoire de la bête incomprise et cette romance impossible et décalée qui colle à la peau de King Kong, faisant écho à la colonisation et aux chocs des cultures entre les civilisations vues comme sauvages et le monde moderne. Ce nouveau film et le projet du « monsterverse » – en plus de surfer sur la mode super-héroïque des univers communs comme le MCU de Marvel et le DCEU de DC – font directement écho aux films japonnais qui ont starifié Godzilla (lui-même porte-parole symbolique), en le faisant combattre toutes sortes de monstres – et qui a déjà lui-même affronté King Kong dans un film de Ishirô Honda et Thomas Montgomery en 1962. Il était donc important, avant d’en venir à cet affrontement qui promet d’être titanesque, d’extraire King Kong de son image de monstre amoureux pour lui rendre son titre royal, et à juste titre.

C’est Jordan Vogt-Roberts – jeune réalisateur peu connu pour son premier film The Kings of Summer présenté au Festival Sundance en 2013 et pour la réalisation de quelques épisodes de la série piquante You’re The Worst – qui s’attelle à cette lourde tâche. Et lourde, comment dire : plutôt massive, car en plus de devoir passer après l’excellent film de Peter Jackson, le film est en plus porté par un casting plus qu’alléchant et un projet d’envergure (le crossover avec Godzilla et compagnie, pour ceux qui ne suivent pas). D’un coté, Kong: Skull Island répond à l’excitation suscitée par un tel projet. A l’instar d’un Godzilla qui se faisait attendre dans le film de 2014, Jordan Vogt-Roberts ne perd pas de temps à dévoiler la star du film et s’attache surtout à le rendre aussi impressionnant que magistral. Dès la première apparition de Kong, le film envoie du lourd et multiplie les scènes d’une férocité intense et spectaculaire, à la hauteur – c’est le cas de le dire ! – de la légende. Le réalisateur soigne son roi, lui conférant une image de guerrier puissant, tout en jouant avec ses mimiques et sa solitude pour l’adoucir et le rendre sympathique au public, même quand les personnages du film le voit comme un ennemi. Grâce à son omniprésence et une histoire survolée mais pas trop, Kong: Skull Island livre un Kong prometteur et des scènes explosives qui boostent l’ensemble, entre frisson et fascination, et rendent le film divertissant et jubilatoire.

Cependant, Kong: Skull Island pèche sur de nombreux détails. En effet, si coté monstres on est plutôt servi, le film de Jordan Vogt-Roberts vire rapidement aux parcs d’attraction à créatures flippantes, rappelant parfois un Jurassic Park de l’horreur où chaque rebondissement est synonyme à l’apparition d’un nouveau monstre. Ici pas de lapin géant ou de marmotte XXL, non non, Kong: Skull Island vise plutôt les créatures cauchemardesques répondant à différentes phobies (berk) pour mieux faire bondir son public. Si l’effet fonctionne, la méthode reste tout de même répétitive et, en plus de rappeler un certain Spielberg et ses dinosaures, le film se compare bien trop facilement à la version (bien meilleure) du monde perdu de Peter Jackson.
Mais finalement, si les monstres et Kong animent le film, le point déceptif du film reste les personnages humains. En 2014 on reprochait au Godzilla de Gareth Edwards de jouer à cache-cache, mais le film avait le mérite de proposer une histoire plus ou moins solide autour de ses personnages, entre la relation père-fils avec un soldat qui, par la suite, va risquer sa vie pour combattre contre la menace MUTO. Dans Kong: Skull Island, c’est finalement l’effet inverse qui se produit. Les personnages sont quasiment accessoires, servant à lancer l’aventure puis à agir comme des intermèdes comiques ou dramatiques entre chaque apparition de monstres ou de Kong. S’il s’agissait d’acteurs de seconde zone ou méconnus, ce serait probablement plus acceptable, mais le film de Jordan Vogt-Roberts est composé d’un tel casting, que c’est assez déroutant de voir de si bons acteurs se cantonner à des rôles soit anecdotiques, soit caricaturaux.

En effet, une fois la mission lancée, le film range ses personnages dans des cases et peu parviennent à briller à l’écran, entre des échanges trop souvent creux et surtout une mise en scène pas très subtile. Visiblement emballé par son projet, Jordan Vogt-Roberts tente beaucoup de choses : parfois ses effets fonctionnent, même quand il s’agit d’une redite scolaire, et d’autres fois c’est un peu la cata, comme quand notre cher Loki se mue en samouraï dans un écran de fumée verte ! Kong: Skull Island tente de cumuler beautyshots et scènes purement fun visant la démesure pour provoquer un effet « waouh » (comme, par exemple une balade entre des immeubles en voiture dans Furious 7), mais le résultat prête parfois à rire. Mais si on frôle parfois le ridicule, Kong: Skull Island est largement rattrapé par le caractère sympathique et impressionnant de son héros, et surtout, par toutes ses scènes gigantesques et explosives qui dynamisent si bien le film, que j’en suis ressortie certes un peu mitigée, mais fondamentalement ravie. Oui, quand il s’agit que montrer Kong et son univers, les effets spéciaux sont bien réussis, entre flore locale et créatures plutôt réalistes – et c’est le principal.
Il n’y a plus qu’à attendre patiemment 2020 et le face-à-face entre Kong et Godzilla qui, selon la scène post-générique, devraient eux-même avoir de la compagnie. Je n’en dis pas plus, mais tant qu’on ne se retrouve pas devant un désastre type Alien Vs Predator (et Requiem), j’achète !

Au casting, une fois n’est pas coutume que de voir Nick Fury vadrouiller avec la future Captain Marvel, Loki et le leader des Nova Corps… Oops, je m’égare !
Au casting donc : Tom Hiddleston (The Night Manager, High Rise, Crimson Peak…) roule des mécaniques avec un peu d’exagération au passage, mais reste sympathique en aventurier baroudeur, aux cotés d’une Brie Larson (Room, Crazy Amy, States Of Grace…) en retrait, servant clairement d’atout féminin dans le film, avec la lourde de tâche de s’émanciper du rôle de la blonde de King Kong.
Autour d’eux, pas mal d’inégalités et quelques déceptions : Samuel L. Jackson (xXx: Reactivated, Miss Peregrine et les Enfants Particuliers, Tarzan…) et John Goodman (10 Cloverfield Lane, Dalton Trumbo, Flight…), qu’on ne présente plus, font le job sans plus, tandis que John Ortiz (Steve Jobs, The Finest Hours…), Corey Hawkins (NWA : Straight Outta Compton, 24: Legacy…) et Jing Tian (La Grande Muraille…) s’agitent sans véritablement marquer les esprits. Enfin, Si Toby Kebbell (Quelques Minutes Après Minuit, Les 4 Fantastiques…) semble surtout être là pour faire une remarque sur les singes – car c’est Koba dans La Planète des Singes – c’est finalement John C. Reilly (Tous En Scène, Tale Of Tales, Les Gardiens de la Galaxie…) qui porte le film sur ses épaules, car dès son apparition, Kong: Skull Island sort de son traitement linéaire pour apporter pas mal d’humour et de légèreté au film (en plus de positionner un contexte autour de Kong).

En conclusion, le film de Jordan Vogt-Roberts s’émancipe avec brio de l’histoire classique de King Kong en revisitant les origines de la créature culte. Si le traitement autour des personnages humains rend l’ensemble parfois bancal, Kong: Skull Island reste du grand spectacle appétissant, porté par un visuel époustouflant et un Kong magistral. À voir et en IMAX de préférence !

***SPOILERS***
Détails sur la scène post-générique :

Comme dit plus haut, Kong: Skull Island sert d’installation au Monsterverse que préparent Legendary Pictures et Warner Bros. Le lien avec Godzilla est visible dès le début, puisque le personnage de John Goodman fait appel à une société nommée Monarch pour mener son expédition à la rencontre (ou plutôt découverte) de Kong.
Dans la scène post-générique, réalisée par Jordan Vogt-Roberts, ce dernier tease la suite en dévoilant, dans une sorte de salle d’interrogatoire où sont enfermés [les personnages de] Tom Hiddleston et Brie Larson, que Kong n’est pas le seul monstre. Après un peu de blabla, une vidéo est montrée dévoilant des images d’autres monstres : Ghidorah, Mothra et Rodan. Ces monstres bien connus font partie de l’univers des films japonais Godzilla, lancés par Ishirô Honda (notez d’ailleurs que le teasing est un peu ruiné, si vous êtes attentif, par les crédits à la fin du générique, juste avant la scène, qui annoncent les noms et les droits d’usages de ces jolies bestioles).
Mais concrètement, que va-t-il se passer en 2020 ? Kong: Skull Island se déroule dans les années 1970 et Kong est toujours sur son île ; Godzilla se déroulait en 2014-ish et tournicote actuellement au fin fond des mers… Comment ces deux-là vont-il se retrouver en 2020 et surtout à quelle époque ? Clairement, je pense qu’il n’y aura pas de reboot de King Kong avec son arrivée à New York pour sauter directement à la guerre des monstres, mais je me demande dans quel camp penchera la balance entre Kong et Godzilla, tout deux proclamés rois… et représentants symboliques des désastres et/ou horreurs liées aux quêtes territoriales d’antan des États-Unis (au passage). Ou alors hm-hm… se pourrait-il qu’après quelques affrontements bien sentis et autres buildings démolis, les deux rois se lient pour vaincre leurs ennemis communs, à savoir Ghidorah, Mothra et Rodan (sachant qu’à la base Godzilla est capable de les affronter seul) ? Certes, le film est actuellement intitulé Godzilla vs Kong, mais souvenez-vous que c’était pareil, à l’époque pour Batman V Superman avant que le « vs » ne devienne un « v ». Et on sait ce que ça à donner (Doomsday). Je dis ça, je dis rien…

Affaire à suivre =)

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