[CRITIQUE] La Belle et la Bête, de Bill Condon

Les studios Disney revisitent à nouveau un classique animé en version live. La Belle et la Bête se modernise, sans perdre une once de son romantisme indécrottable, associant imageries fantastiques avec des décors et des costumes fabuleux, ainsi que des effets spéciaux sublimes : la fameuse histoire éternelle ne prend effectivement pas une ride ! Drôle et attendrissant à la fois, Bill Condon revisite agréablement et intelligemment le dessin animé, en apportant beaucoup d’humour et d’auto-dérision à travers ses personnages secondaires hilarants – mention spéciale pour Josh Gad qui incarne Le Fou – permettant ainsi d’éviter la contemplation béate, sans pour autant en perdre le caractère romanesque du film. Beau, féerique et enchanteur, La Belle et la Bête est un joli moment à (re)découvrir à tout âge.

Le pitch : Fin du XVIIIè siècle, dans un petit village français. Belle, jeune fille rêveuse et passionnée de littérature, vit avec son père, un vieil inventeur farfelu. S’étant perdu une nuit dans la forêt, ce dernier se réfugie au château de la Bête, qui le jette au cachot. Ne pouvant supporter de voir son père emprisonné, Belle accepte alors de prendre sa place, ignorant que sous le masque du monstre se cache un Prince Charmant tremblant d’amour pour elle, mais victime d’une terrible malédiction.

Après Blanche-Neige, Maléfique, Cendrillon et Le Livre de la Jungle, c’est au tour du célèbre dessin animé La Belle et la Bête d’être revisiter en prise de vues réelles par les Studios Disney. Sorti en 1991, le dessin animé signé Gary Trousdale et Kirk Wise avait déjà marqué un tournant important dans le style Disney en intégrant des animations de synthèse et de la reconstitution en 3D dans un dessin animé, qui ont donné ces mouvements de caméra innovants (à l’époque), notamment dans LA scène de danse dans la salle de bal. Si ce n’est pas la première fois que les studios utilisaient ce procédé (Bernard et Bianca en 1989), on le remarque bien plus chez La Belle et la Bête, grâce au succès qu’à connu le film, d’ailleurs récompensé par deux Oscars (Meilleure musique et Meilleure chanson originale) et trois Golden Globes. Pour la petite anecdote, c’était, en 1992, le seule film d’animation à avoir été nommé parmi dans la catégorie Meilleur Film aux Oscars, mais la statuette a été raflée par Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme.

Mais trêve de blabla, que vaut donc cette nouvelle réinterprétation ? Après celle de Cendrillon, j’étais un peu sceptique. Le film de Kenneth Branagh avait étiré une trame similaire sur 104 minutes, ce qui avait transformé mon histoire de princesse Disney préférée en un film superbe, certes mais cruellement contemplatif et lent, avant de rendre l’histoire d’amour totalement niaise. En choisissant de réadapter La Belle et la Bête, les studios étaient confronter à quelques hics : moderniser une histoire d’amour atypique mais culte sans la rendre niaise, « rendre à César ce qui est à César » (le film se passe en France, quand même !) et, pour nous les frenchys, prendre la relève de la version de Christophe Gans (qui était loin d’être mauvaise, mais globalement desservie par Léa Seydoux…).
Dès les premières minutes, Bill Condon (Mr. Holmes, DreamgirlsTwilight 4 et 5 !) réussit un coup double en nous immergeant instantanément dans l’univers bohème du dessin animé, comme si les dessins avaient pris vie, et en faisant des choix artistiques discrets au début (et plus prononcés par la suite) qui vont moderniser le film. La Belle et la Bête a une dynamique double : la romance d’un coté et l’humour décontracté de l’autre. À la fois dépaysant et familier, le film nous replonge dans cette histoire connue mais avec un nouveau regard, notamment à travers l’approche des personnages secondaires, en épaississant leurs traits de caractère pour les rendre certes caricaturaux mais légers et assumés. L’écriture du film parvient à justement doser l’humour, notamment exagérant le personnage de Gaston en frimeur de première mais avec charme et espièglerie (merci Luke Evans), ce qui le rend nettement moins détestable que sa version en deux dimensions ! Bill Condon reste fidèle au dessin animé mais assume sa tonalité datée en faisant un pendant attachant – le coté vieille France paysanne, les croyances désuètes et le machisme ambiant – ce qui donne un résultat bien plus agréable.
Coté romance, ce sont les personnages principaux qui assurent le premier degré. La Belle et la Bête nous replonge dans cette rencontre teintée de frissons alors que les deux héros s’apprivoisent, bien aidés par le mobilier ensorcelé. Ce coté terre-à-terre détonne sur l’ensemble du film, rendant parfois les deux tourtereaux bien trop sérieux alors que le reste frôle souvent le surréalisme. Un décalage qui les dessert assez souvent, car d’une scène à l’autre, on passe souvent d’une atmosphère détendue à une scène plus sombre et pesante.

Dans l’ensemble, Bill Condon réussit cette revisite fidèle de La Belle et la Bête. Alors que Cendrillon n’était qu’une adaptation basique de l’histoire, ici les scénaristes ont su habilement faire évoluer l’histoire, et même rajouter des scènes inédites pour densifier la trame. Visuellement, La Belle et la Bête ne perd rien de son enchantement et mise essentiellement sur le numérique pour rendre le dessin animé plus vivant. Si les « écrans verts » sont bien présents, cela ne gâche en rien le plaisir de redécouvrir l’histoire, à travers les décors et les objets ensorcelés… et surtout la fameuse scène de danse dans la salle de bal (et cette robe ! mais quelle belle robe !). Toujours dans un esprit authentique, le compositeur Alan Menken (à qui nous devons également La Petite Sirène, Aladdin, Pocahontas…) signe à nouveau la musique de La Belle et la Bête, ajoutant même de nouveaux morceaux qui s’inscrivent sans effort dans l’histoire.

Modernisme toujours, les studios Disney continuent d’avancer dans le 21ème siècle. Si les héroïnes capables pullulent de plus en plus dans les films et dessins animés produits par la maison de Mickey, La Belle et la Bête n’est pas en reste sur d’autres aspects. Je sais que cela ne sautera pas aux yeux de tout le monde, mais le film de Bill Condon intègre pas mal de personnages de couleur et ose, pour la première fois et avec beaucoup de pincettes et d’humour, aborder un personnage potentiellement gay. Je n’en dirai pas plus sur le sujet mais gardez bien les yeux ouverts jusqu’à la fin du film – certains pays n’ont pas vraiment apprécié (ces gros nuls) ! Pourtant, sans en faire des caisses, les Studios Disney ne cessent de proposer, de film en film, des galeries de personnages variés et accessibles à tous. Alors oui, le fait qu’il n’y ait pas de Noir – dans mon cas personnel – dans les dessins animés les plus populaires de Disney ne m’a jamais empêcher de rêver et de craquer à la magie Disney (malgré le passif controversé des studios Disney, de leur créateur et d’une certaine époque), je suis tout de même ravie de savoir que les jeunes et futures générations pourront découvrir des films avec des personnages qui leur ressemblent, quelques soient leurs origines, leurs orientations sexuelles et – j’espère un jour – leurs physiques.

Au casting, Emma Watson (Colonia, Regression, Noé…) et Dan Stevens (Legion, Downton Abbey…) incarnent les rôles-titres et portent justement cette totalité à la fois romantique et un poil trop sérieuse, qui rend parfois l’ensemble déséquilibré. Si l’ancienne sorcière est toujours aussi adorable, je reste toujours aussi sceptique sur son jeu d’actrice qui ne semble pas avoir évoluer depuis Harry Potter – au risque de me mettre à dos son fandom ; tandis que Dan Stevens apparaît essentiellement en motion capture sous les traits de la Bête.
Autour d’eux, un casting ensorcelé avec Ian McKellen (X-Men Days Of Future Past…) en Big Ben, Emma Thompson (Bridget Jones Baby…) en Mme Samovar, Ewan McGregor (T2 Trainspotting…) et un french accent très convaincant en Lumière ou encore Gugu Mbatha-Raw (Miss Sloane…) en Plumette et Stanley Tucci (Hunger Games : La Révolte, partie 2 …) en Cadenza. Coté « humains », si Kevin Kline (Ricki and the Flash, Last Vegas…) est touchant en papa démuni, ce sont Luke Evans (La Fille du Train…) et surtout Josh Gad (La Reine des Neiges…) qui portent le cœur du film, n’en déplaise à une certaine polémique désagréable.

En conclusion, entre retrouvailles et revisite, Bill Condon parvient à conserver l’histoire intacte, dans un ensemble moderne, accessible et pourtant toujours aussi féerique. Visuellement enchanteur, La Belle et la Bête parvient à faire replonger les plus grands en enfance et saura transformer les plus coriaces en cœur tendre. À voir absolument.

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