[CRITIQUE] London House, de David Farr

Pour son premier long-métrage, David Farr se lance dans un thriller glacé, où la curiosité et l’instinct maternel flirtent avec la paranoïa. Sorte de home-invasion psychologique, London House observe le caractère obsessionnel de ses personnages dans un film plutôt captivant, grâce à une ambiance souvent inquiétante et tendue. Malheureusement, le résultat s’avère finalement desservit par un scénario ambitieux mais totalement transparent et cousu de fils blancs qui, malgré un léger suspens salvateur, gâche plusieurs rebondissements, faisant de London House un acte relativement manqué. Dommage.

Le pitch : Dans un quartier résidentiel de Londres, Kate et Justin, trentenaires bientôt parents, occupent un grand appartement au premier étage d’une belle maison bourgeoise. Lorsque Theresa et Jon, un couple aisé également dans l’attente d’un enfant, emménagent dans l’appartement du rez-de-chaussée, les deux couples se lient d’amitié. Kate est fascinée par Theresa mais au fil d’événements troublants, elle est envahie par un sentiment d’inquiétude qui va se transformer en un véritable cauchemar.

Scénariste de la série The Night Manager, triplement récompensée aux derniers Golden Globes, David Farr passe derrière la caméra avec London House, un premier film relativement ambitieux, à l’écriture et à l’esthétique particulièrement soignée pour en faire un thriller suffisamment tendu pour maintenir en haleine. Habile de sa plume, David Farr anime un quotidien de prime abord banal à travers la rencontre de ces deux femmes enceintes, aux physiques similaires et à la solitude palpable, malgré la présence de leurs conjoints respectifs. Dès les premières minutes, la fascination de l’une pour l’autre crée une première tension, alors que les limites de la bienséance sont rapidement franchies, laissant transparaître une fragilité inquiétante malgré les apparences souvent trop parfaites. London House s’appuie sur la fragilité psychologique de ses héroïnes, portant le film aux frontières de la folie pour mieux osciller entre la réalité et la paranoïa insidieuse qui s’infiltre de plus en plus. Dans une première partie convaincante, David Farr propose un tableau aux bases solides, où chaque paire de personnages oscille entre la normalité et un non-dit bien présent qui donne envie d’en savoir plus.

Cependant, dès que London House entame sa seconde partie, l’intrigue devient de plus en plus transparente : entre le retour suspect du deuxième couple et la facilité aveugle avec laquelle les héroïnes se font confiance malgré le drame qu’elles viennent de traverser, l’ensemble du film devient rapidement suspect tant le comportement des personnages défie toute logique. De moins en moins crédible, l’histoire tente de cheminer vers le déséquilibre mental pour maintenir un semblant de suspens mais malgré ses bonnes idées, l’écriture de David Farr atteint rapidement ses limites en termes de subtilité, si bien que le public devinera le pot-aux-roses avant la grande révélation. London House cherche trop souvent à alambiquer sa trame pour nous perdre et, paradoxalement, narre une histoire ultra-simpliste et trop familière. Entre des influences toutes droites venues de Rosemary’s Baby de Roman Polanski (1968) et autres thrillers « Hitchcockiens » à des ressemblances frappantes avec La Main sur le Berceau de Curtis Hanson (1991), London House a des airs de déjà-vu qui, malgré l’approche soignée du réalisateur, amoindrissent les effets voulus.

Bien tenté, le film de David Farr est si focalisé sur la relation entre ses deux personnages qu’il laisse s’échapper des points de détails qui auraient pu permettre de nous faire croire à son histoire. En effet, en ne creusant pas les sous-intrigues familiales liées à la psychologie de son personnage principal, London House passe à coté de son potentiel, se révélant certes sympathique à suivre, grâce à son ambiance glacée et toujours suspecte, mais finalement décevant à cause de ses rebondissements mollassons et peu originaux. C’est d’autant plus dommage car le film donne vraiment envie de se prendre au jeu alors que l’intrigue pousse l’instinct maternel à son extrême, rendant palpable l’instabilité émotionnelle de ses personnages. David Farr joue avec les apparences et les secrets pour mieux déformer la réalité et réellement créer un malaise dans le film, si bien qu’il devient difficile de différencier doctement les « méchants » des « gentils ». C’est très certainement ce qui sauve le film, car même si London House est, objectivement, intéressant et prenant, c’est tout l’exercice qui pâtit d’un manque de maîtrise évident en terme de narration, de tension et de suspens : il ne s’agit plus de fil blanc, mais de poutres apparentes à ce stade, tant tout se devine trop facilement. D’ailleurs, cela rend la pilule un peu difficile à avaler, puisque j’ai espéré, jusqu’au bout, que la réponse ne serait pas aussi simple que ça.

Au casting, Clémence Poésy (Tunnel, Le Grand Jeu…) a décidément un problème à être maman au cinéma (Demain Tout Commence…), Laura Birn (Balades Entre Les Tombes…) est convaincante malgré une écriture de son personnage trop téléphoné ; tandis que les hommes s’en sortent relativement mieux : David Morrissey (The Walking Dead…) reste suffisamment inquiétant et le personnage de Stephen Campbell est intéressant.

En conclusion, David Farr rencontre le même souci que de nombreux réalisateurs qui passent pour la première fois derrière la caméra : une écriture ambitieuse et une mise en scène visiblement inspirée par les travaux de cinéastes aguerris, mais London House manque de maîtrise et ne parvient pas équilibrer tous ses tableaux. Résultat : un thriller relativement captivant grâce à une ambiance soignée et de bonnes idées, mais le traitement ultra-prévisible et attendu gâche l’ensemble. À tenter, why not.

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