[CRITIQUE] Telle Mère, Telle Fille, de Noémie Saglio

Superficiel, hystérique et épuisant, le dernier film tout droit sorti de l’imagination pétrie de clichés de Noémie Saglio persiste à caricaturer les genres, en s’attaquant cette fois aux relations mère-fille à travers leurs grossesses respectives. Dénué d’imagination, Telle Mère, Telle Fille s’étire péniblement à travers les poutres apparentes d’un scénario à la facilité effarante et aux traits d’humour téléphonés et très peu recherchés. À défaut d’une comédie pétillante, Noémie Saglio sert un film au rabais, globalement peu crédible et à peine sauvé par le charme de Juliette Binoche.

Le pitch : Inséparables, Avril et sa mère Mado ne peuvent pourtant pas être plus différentes. Avril, 30 ans, est mariée, salariée et organisée à l’inverse de sa mère, éternelle ado insouciante et délurée qui vit aux crochets de sa fille depuis son divorce. Mais quand les deux femmes se retrouvent enceintes en même temps et sous le même toit, le clash est inévitable. Parce que si Mado, en pleine crise de jeunisme, n’est pas prête à être grand-mère, Avril, quant à elle, a bien du mal à imaginer sa mère… mère !

Lors de la projection, Noémie Saglio est venue présenter le film et nous a annoncé fièrement que Telle Mère, Telle Fille était écrit par des femmes, réalisé par une femme, joué par des femmes et même distribué par une femme… comme si c’était rassurant et une introduction vers la terre promise. Au final, en voyant le résultat, je trouve cela même légèrement offensant !
Après Toute Première Fois, son premier (et très discutable) succès co-réalisé avec Maxime Govare, puis l’adaptation de la mini-série Connasse en film, Noémie Saglio revient avec un film écrit entre copines (hihihi) portant l’idée lumineuse d’opposer une mère et sa fille enceintes au même moment, tout en inversant les caractères des deux femmes, offrant ainsi le traitement sans surprise de la mère adulescente face à sa fille trop rigide. Si l’idée avait tout de même du potentiel sans franchement frôler le génie, Telle Mère, Telle Fille s’embourbe très rapidement dans une facilité criarde et agaçante qui rend ses personnages incroyablement fades et linéaires. Entre enchaînements de gags basés sur un comique de situation poussé au grotesque et des choix scénaristiques qui mettent sans cesse en doute la crédibilité de l’histoire (l’âge de Camille Cottin, son couple, la course de fond à 9 mois de grossesse…), Telle Mère, Telle Fille passe difficilement les premières minutes en arrachant quelques sourires pour la forme avant de tourner à vide. Attendu et peu surprenant, le film repose sur des clichés et autres caricatures autour des femmes et de la grossesse, entre hormones en folie et pâles amourettes, tandis que ses personnages cherchent à se retrouver dans un cirque épuisant qui fait surtout beaucoup de bruit pour rien.

Au-delà des femmes du film, c’est surtout le traitement narratif et la mise en scène de Telle Mère, Telle Fille qui rendent la digestion difficile. En bonne comédie moderne et passe-partout, le film se débarrasse de toute ambition esthétique – de toutes façons, j’en demandais pas autant – et façonne son histoire avec des raccourcis commodes pour pouvoir faire avancer son histoire, quitte à garder des personnages dans l’ombre avant de le faire réapparaître comme par magie à la fin, la bouche en cœur, pour un happy-end dégoulinant de guimauve (malgré tout). OK, les intentions de Noémie Saglio sont là, à savoir confronter une relation mère-fille déjà déséquilibrée, mais une fois ce postulat posé, Telle Mère, Telle Fille ne cesse de le titiller sans pour autant le creuser. Du coup le film est d’une platitude morne, agité par des éclats superficiels qui pourront, éventuellement, faire sourire un public conciliant (et averti, je présume).

Dans un film fait par des femmes, pour des femmes et avec des femmes, Noémie Saglio rejoint la cohorte des réalisatrices françaises (présidée par Audrey Dana, je présume – quand je serai plus calme, je vous parlerai peut-être de Si J’étais Un Homme…) qui s’escriment de film en film à réduire ses pairs à des appareils reproducteurs sur pattes qui s’expriment occasionnellement en fonction de l’état de leurs utérus, redéfinissant allègrement l’adjectif « hystérique » à travers des personnages vaguement intéressants, souvent insupportables et surtout réducteurs. Telle Mère, Telle Fille n’a en vérité rien à raconter de nouveau et se reposent surtout sur des ficelles usées jusqu’à la corne pendant une heure et demie, à travers des portraits de femmes probablement réalistes, certes, mais exaspérants faute d’originalité et de fraîcheur. Le film manque de rythme, d’humour et de finesse, laissant place à la lourdeur d’un propos remâché à chaque nouvelle scène, jusqu’à l’écœurement total.

Coté acteurs, Camille Cottin (Iris, Connasse, Princesse des CœursNos Futurs…) semble mal à l’aise dans un personnage qui ne lui va pas, surtout lorsqu’elle se rajeunit au coté d’un Michaël Dichter (Vie Sauvage…) à la fois transparent et beaucoup trop jeune pour être crédible. Face à ce couple, un duo qui rehausse un chouilla le film : si Lambert Wilson (L’Odyssée, La Vache…) s’amuse visiblement en peau de bête, c’est Juliette Binoche (Polina, Sils Maria, Ma Loute…) qui permet au film d’être tout juste regardable, tant l’actrice parvient à rester superbe et pétillante, malgré un personnage (et un ensemble) écrit à la truelle.

En conclusion, bien que Telle Mère, Telle Fille soit un film fait, écrit, produit, joué et porté par et pour des femmes, et bien il y en aura au moins une pour dire « non merci », et ce sera moi. Non merci, Noémie Saglio, non merci pour ce film qui prouve que sans un peu de mixité, la caricature de genres ne fait que nous desservir. Un peu de testostérone, c’est pas mal aussi. À éviter.

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