[CRITIQUE] Ghost In The Shell, de Rupert Sanders

Encore égratigné par le scandale autour du film – ou plutôt autour du choix d’actrice pour incarner son héroïne, Ghost In The Shell débarque en bonne forme pour lancer la période printanière des blockbusters. Plutôt fidèle à l’original et marqué par une identité cyberfuturiste intriguante, le film de Rupert Sanders a de quoi garder la tête haute. Certes, Ghost In The Shell n’assume ni ses origines nippones, ni son adaptation américaine, et le réalisateur a tendance à se reposer sur son esthétique sans véritablement prendre le temps de creuser l’univers du film, pourtant l’ensemble est conquérant et plutôt sympathique. Entre (re)découverte et action, Ghost In The Shell donne l’eau à la bouche et, pourquoi pas, envie de voir une suite, qui sait ?

Le pitch : Dans un futur proche, le Major est unique en son genre: humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.

Décidément, Rupert Sanders n’a pas de chance. Alors que son premier film, Blanche-Neige et le Chasseur (2012) a fait le bonheur de la presse à scandale à l’époque, à cause d’une photo volée et d’une hypothétique liaison avec Kristen Stewart alors qu’il était marié et qu’elle était promise à Robert Pattinson pour la vie (c’était le point #Closer), voilà que son second film cinq ans plus tard, soulève à nouveau les foules. Mais cette fois, la raison est différente. Alors que l’adaptation du manga (1989) Ghost In The Shell, créé par Masamune Shirow puis animé par Mamoru Oshii (1995), était attendu, c’est le choix de l’actrice principale qui a choqué. En effet, pourquoi avoir casté une actrice caucasienne plutôt qu’une actrice asiatique ? Ce n’est pourtant pas comme si Hollywood en manquait ! Néanmoins, il a fallu faire avec et Scarlett Johansson s’est imposé en silence, supportée par les personnages d’héroïnes castagneuses qu’elle a pris l’habitude d’incarner au grand écran (Black Widow chez Marvel, puis Lucy chez Besson).
Pourtant l’appréhension est là : au-delà du choix de l’actrice, Ghost In The Shell ne se définit pas dans le genre action, mais répond plutôt aux codes SF assumés, cybernétique, punk et futuriste. Et heureusement, Rupert Sanders l’a bien compris et livre une adaption plutôt fidèle et satisfaisante de Ghost In The Shell.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas vraiment besoin de connaître l’œuvre originale pour apprécier Ghost In The Shell. Le film de Rupert Sanders se dessine comme une origin story, à l’image du récent Assassin’s Creed, permettant ainsi au public de découvrir et de se familiariser avec cet univers particulier où les êtres humains peuvent avoir recours à des améliorations cybernétiques et où les androïdes et autres robots sont dans la norme. Ghost In The Shell nous plonge dès les premières minutes dans un monde accessible et curieusement sombre malgré le faste apparent, qui s’étoffe au fur et à mesure que la trame avance. De la création de l’héroïne au lancement de l’intrigue, le film ne cesse de faire planer la question de moralité de son ensemble, oscillant entre les limites de l’enveloppe humaine et la reconnaissance en tant qu’individu des êtres à l’intelligence artificielle. Alors que l’héroïne tente de trouver sa place dans cette société aussi évoluée que primaire et individualiste, Ghost In The Shell nous entraîne sans effort, entre enquête policière, bastons et effets spéciaux. Alors que je craignais une Bessonnade moyenne (l’effet Lucy, encore), Rupert Sanders parvient à adopter les codes SF en créant une intrigue plausible, teintée de mystères et donnant envie d’en découvrir les secrets, tout en remettant en cause ses propres postulats au service de l’histoire. En effet, plus qu’un simple blockbuster, le principe de Ghost In The Shell est de cristalliser la déshumanisation de la société, galvanisée par ses avancées technologiques, tout en restant aveugle et insensible à ceux dans le besoin. À travers l’action, Ghost In The Shell dresse un décor alarmiste, sans vraiment si attarder, préférant se pencher sur la vulnérabilité de son système. Pourtant, à l’origine, l’histoire se passe en 2029… Si le fantasme cybernétique fait rêver, l’écho avec le monde réelle est bien plus présent que lorsque que Ghost In The Shell est paru la première fois, dans les années 90 !

Visuellement, Ghost In The Shell est une aventure, certes noyée sous des effets numériques mais l’ensemble joue avec une esthétique à la fois futuriste et désenchantée, où la nouvelle technologie flirte avec des rues délabrées. Cependant, si l’adaptation de Rupert Sanders reste fidèle à au film d’animation originale, elle reste également très en surface, manquant de profondeur et d’éclat. Rupert Sanders se repose sur l’esthétique de son film, confondant souvent science-fiction et jeux vidéos alors qu’il aurait plus aller plus loin en explorant les possibilités physiques et surhumaines de ses personnages – d’autant plus que le film ne cesse de les vanter. Tout juste dynamique pour maintenir éveillé, les affrontements auraient pu être plus extraordinaires (l’héroïne est formée au combats et peut se rendre invisible tout de même !), le méchant du film (le Puppet Master) était suffisamment frissonnant pour relever l’ambiance en symbolisant la part d’ombre de Ghost In The Shell et pourtant l’histoire le met trop en retrait.

En fait, le film ne s’autorise pas vraiment d’écart et même s’il pose un décor plutôt accessible, j’aurai aimé aller plus loin en sous-exploitant ses possibilités. Pourquoi ? Tout simplement parce que Ghost In The Shell est un pari si risqué qu’il préfère proposer sa version la plus lisse possible pour ne froisser personne, aussi bien les fans que le large public trop rodé aux blockbusters et aux films de super-héros. Malheureusement, cette indécision éclabousse le film à de nombreux niveaux. Du choix d’une actrice caucasienne pour interpréter une héroïne asiatique découle un manque d’assurance visible et une approche globalement bancale : d’un coté Ghost In The Shell semble se dérouler dans un environnement asiatique, mais ses personnages principaux ne le sont pas et, plus grave finalement, le film évite soigneusement d’aborder le passé de son héroïne. Un non-dit un peu gênant qui risque d’asseoir les suspicions de « white-washing » autour du film, puisque, ce que j’interprète personnellement comme une maladresse, pourrait être très mal perçue par d’autres… Et c’est dommage, car dans l’ensemble, Ghost In The Shell est une très bonne surprise. Malgré ses faiblesses de mise en scène et, souvent, de rythme, le film de Rupert Sanders parvient à tenir la route et à offrir un divertissement satisfaisant qui m’a même donné envie d’en voir plus, dans un prochain film – peut-être dirigé par un réalisateur plus audacieux !

Au casting, Scarlett Johansson (Le Livre de la Jungle, Captain America – Civil War, Her…) est au centre de toutes les attentions et s’en sort finalement bien, parvenant à faire oublier sa plastique de rêve malgré le « costume » de son personnage. Certes, l’exagération n’est pas loin (la démarche, par exemple), mais pour une fois que son manque d’expression sied bien au rôle, alors je ne vais pas me plaindre. À ses cotés, Pilou Asbæk (Ben-Hur, Les Enquêtes du département V : Profanation…) joue les acolytes peroxydés avec conviction, même si son personnage a un look pas facile à assumer, tandis que Michael Pitt (Criminal : Un Espion dans la Tête, Asphalte…) se fait bref mais saisissant.
Autour d’eux s’animent la frenchy  et convaincante Juliette Binoche (Telle Mère, Telle Fille, Polina…) et le touche-à-tout bien que gimmickesque Takeshi Kitano (Battle Royale, Zatoichi, Aniki, Mon Frère…).

En conclusion, alors qu’il sentait bon la catastrophe annoncée (soyons honnête), Ghost In The Shell est une agréable surprise. Certes, le film de Rupert Sanders connait pas mal de défauts, notamment parce qu’il ne prend pas suffisamment de risque, mais il permet tout de même de mettre un pied dans cet univers prometteur. À voir, ne serait-ce que pour avoir une suite… plus aboutie et couillue !

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