[CRITIQUE] Power Rangers, de Dean Israelite

Autre adaptation aussi attendue que crainte de ce début d’année, Power Rangers débarque sur la pointe des pieds et parvient à tirer son épingle du jeu de façon très inattendue, en proposant un cocktail effervescent d’action et de comédie fun, moderne aux accents kitschs assumés. Certes, le film de Dean Israelite n’hésite pas à « emprunter » toutes ses bonnes idées aux blockbusters super-héroïques qui ont fleuri sur nos écrans depuis le début du siècle et Power Rangers n’échappe pas aux pièges des origins storys classiques… Mais pourtant, entre teen dramas superficiels et mise en scène un poil chaotique, le film réussit à moderniser la série phare des années 90, en assumant son identité et en proposant un divertissement efficace, boosté par une ambiance décomplexée qui transforme le nanar annoncé en un bon moment qui ravira les plus nostalgiques et les amateurs de blockbusters !

Le pitch : Dans une petite ville, cinq adolescents découvrent qu’ils ont des pouvoirs extraordinaires. Ils vont devoir apprendre à surmonter leurs peurs et à faire équipe pour devenir les Power Rangers : le destin les a choisis pour sauver le monde de la destruction orchestrée par une force extraterrestre surpuissante…

La génération précédente a grandi avec les Bioman, les super sentai (les super combattants) japonais, la mienne a surtout connu l’arrivée des Power Rangers, l’adaptation américaine qui a déboulé dans le Club Dorothée (!) en 1994. 5 adolescents qui se découvrent des super-pouvoirs pour vaincre des méchants souvent excentriques au look hmm disons… criards, chacun se voit attribuer un costume coloré très seyant et tous sont des pros de la cabriole et autres saltos arrières quand il s’agit de se battre… Malgré ses accents super kitschs et ses épisodes toujours construits de la même manière, Power Rangers était un de ses premiers shows à proposer un mélange de genres populaires, alliant la jeunesse américaine qui faisait tant rêver à l’époque (merci Beverly Hills) et l’esprit manga en prises de vues réelles. Si revoir un vieil épisode pique un peu (beaucoup) les yeux aujourd’hui, la série a connu de belles heures de gloires, avec pas moins d’une vingtaine de saisons et, aujourd’hui, une troisième adaptation en long-métrage. Forcément, l’annonce d’un film Power Rangers a aussi réveillé de vieilles blessures. Si les films Ninja Turtles et Ninja Turtles 2 continuent de faire débat, c’est surtout le souvenir d’un certain Dragonball Evolution qui a pas mal freiné l’attente des fans (et surtout la mienne). Pour ceux qui n’ont pas suivi, Dragonball Evolution est le Green Lantern des adaptations de manga, grosso modo (voire pire, à vrai dire).

La bonne nouvelle, c’est que Power Rangers n’est pas le désastre nanardesque annoncé, au contraire : Dean Israelite (Projet Almanac…) livre un film dynamique, moderne et accrocheur, en se reposant à la fois sur l’histoire originale de Power Rangers et sur les tendances du moment. En effet, le réalisateur et le scénariste John Gatins (Need For Speed, Flight, Real Steel…) ont bien fait leur devoir. Si le « cahier des charges » de Power Rangers est plutôt light, les têtes pensantes autour du film on su s’inspirer des succès des décennies en cours et passées pour faire de cet opus un ensemble agréable, familier et conquérant. De Spider-Man 1 à la sauce Raimi jusqu’aux Transformers de Michael Bay, en passant par un peu de Thor (le premier), de Chronicle et même un peu de Godzilla, la pop culture est à la fête dans ce Power Rangers qui a très bien saisi les codes actuels, tout en les mêlant aux références d’origine… qui sont quasiment les mêmes, adaptations ciné mises à part ! Ce n’était pourtant pas évident de faire revivre le concept qui tourne autour d’adolescents, alors que les blockbusters les plus attendus amorcent tout juste ce virage pour rajeunir leurs univers et leurs publics (Spider-Man : Homecoming…), Dean Israelite compose la trame narrative du film entre nostalgie et modernité, faisant penser aux séries CW (The Flash…) qui sont devenus pros dans l’art de mixer les drames adolescents et les super-pouvoirs, tout en évitant les clichés qui même dans la série était too much (les fameuses pirouettes, le style vestimentaire propre à chaque ranger…).
Oui, le résultat est plutôt cool et recherché, car le film s’applique à créer des rebondissements et de l’animation pour ne pas perdre le rythme et créer une réelle dynamique entre les personnages, certes totalement superficiels mais attachants. Pour faire simple (et fastoche), Power Rangers comble agréablement le temps avant d’attaquer le gros morceau… pendant les 15-20 dernières minutes du film.

Et oui, car du bémols, aussi plaisant le film soit-il, il y en a. La tonalité adolescente du film est très présente, la trame narrative s’éternise autour de teen dramas plutôt superficiels qui n’apportent pas grand chose à la choucroute et surtout, l’attente est longue avant l’arrivée des Power Rangers. Alors que le film use de facilités évidentes pour pouvoir animer l’ensemble (absence de parents, disparition d’un bracelet électronique bien commode…), le temps s fait un peu long et on pourrait très bien sacrifier une bonne demi-heure de blabla inintéressant. Certes l’ensemble est sympathique et aide à fermer les yeux sur les défauts, mais là où je vois de l’inspiration sur les exemples sus-cités, d’autres y verront de la copie facile par manque d’imagination (et n’auront pas totalement tort). En restant ainsi en surface, le film pourrait bien rebuter les plus âgés d’entre nous, entre traits d’humours trop régressifs (le coup de la vache… wtf !) et sous-intrigues déjà vues mille fois (mes parents invisibles sont pas cool, ouin ouin…). L’ensemble tente de noyer le poisson pour mieux étouffer les nombreuses facilités du film (les coupes narratives pour accélérer le mouvement), en vain.
Coté réalisation, c’est la même chose : après Projet Almanac, Dean Israelite a du mal à faire la transition et à sortir des codes atroces du found-footage, ce qui donne souvent lieu à des prises de vues déconcertantes et des effets de styles pas terribles (même Michael Bay ne maîtrise pas toujours ses 360°, notons-le). Le réalisateur fait tout de même l’effort d’entrer dans le 21ème siècle en évitant les effets spéciaux grotesques, même si l’affrontement final un peu fouilli manque parfois de lisibilité.

Mais finalement, Power Rangers m’a tellement amusée que je suis prête à passer l’éponge sur ces défauts. Entre ses multiples références pop et son approche décomplexée et jeune, Power Rangers est surprenant et frôle très souvent le « geekgasm » en faisant régulièrement des appels du pied salvateurs vers la série originale. Mais en même temps, je reste réaliste : comme je l’ai mentionné plus haut, les attentes autour d’une adaptation des Power Rangers restent très simples et si le film de Dean Israelite coche les bonnes cases, il ne va malheureusement pas plus loin. Du coup, même si on s’amuse bien et que les couacs juvéniles sont acceptables, je regrette que le film cède trop souvent à la facilité, ne serait-ce que dans la construction de sa trame qui nous fait saliver bien trop longtemps avant de profiter des héros du film (qui finissent par maîtriser leurs pouvoirs à vitesse grand V). Il faudra donc, pourquoi pas, un second film pour savoir ce que ce début de franchise a véritablement dans le ventre.

Bon, oui. Il y a un gros ratage, un vrai : [SPOILER]l’assemblage du Megazord est complètement foiré[/SPOILER]. Argh.

Coté casting : plus ou moins inconnus au bataillon, ce sont Dacre Montgomery (Stranger Things…), Naomi Scott (Seul Sur Mars…), RJ Cyler (This Is Not A Love Story...), Becky G (Empire…) et Ludi Lin (Marco Polo…) qui ont la lourde tâche d’incarner les nouveaux Power Rangers. Si l’écriture des personnages laissent à désirer, les jeunes acteurs parviennent tout de même à les rendre attachant, malgré la caricature ambiante. D’ailleurs, j’apprécie particulièrement la mise en avant de personnages moins lisses, même s’ils ne font qu’effleurer certains sujets profonds comme l’autisme et l’homosexualité.
Autour d’eux, si Bryan Cranston (Dalton Trumbo, Godzilla, Kung Fu Panda 3…) était la tête d’affiche, mais c’est finalement Elizabeth Banks (Hunger Games, Pitch Perfect 2, Blackout Total…) qui lui vole la vedette : l’actrice s’éclate dans son rôle de bad girl kitch et ça lui va tellement bien, que je suis prête à en redemander.
Enfin, gardez les yeux ouverts : deux acteurs de la première série font un cameo.

En conclusion, alors que je craignais un peu (beaucoup) ce film, j’ai passé un très bon moment. Le film de Dean Israelite renoue fidèlement avec les grandes lignes de la série originale et propose une nouvelle adaptation des Power Rangers à la fois fun et plutôt réussie. Si l’ensemble présente quelques bémols en terme de réalisation et d’abus de teen dramas, le film parvient à s’approprier les codes actuels pour livrer un blockbuster souvent jubilatoire. À voir absolument : it’s morphin’ time \o/

PS : Oh, et il y a une petite scène bonus pendant le générique. Un indice : il ne s’agit pas de Bruce Banner 😉

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