[COUP DE CŒUR] The Young Lady, de William Oldroyd

Fascinant et troublant, The Young Lady dresse le portrait d’une femme prête à tout par amour dans un film à la beauté saisissante, dans une Angleterre victorienne : aussi rurale et froide, qu’esthétique et protocolaire. William Oldroyd propose l’histoire d’une autre Lady Macbeth, entre passion obsessionnelle et folie dévastatrice, dans une fable maîtrisée et frissonnante.

Le pitch : 1865, Angleterre rurale. Katherine mène une vie malheureuse d’un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge. Un jour, elle tombe amoureuse d’un jeune palefrenier qui travaille sur les terres de son époux et découvre la passion. Habitée par ce puissant sentiment, Katherine est prête aux plus hautes trahisons pour vivre son amour impossible.

Parmi la vague de blockbusters qui déferle sur nos écrans en ce moment, un peu de douceur ne peut pas faire de mal. Enfin, quand je dis douceur, c’est vite dit. En effet, l’apparente fraîcheur de The Young Lady cache en vérité un monstre enjôleur animé par l’émotion la plus dangereuse qu’il soit : l’amour.
Pour son premier film, William Oldroyd adapte le roman russe de Nikolaï Leskov « La Lady MacBeth du District de Mtensk » écrit en 1865 et inspirée par la version terrible de William Shakespeare dans Macbeth. De la glaciale Russie à la campagne anglaise du 19ème siècle, si The Young Lady change de décor, le film conserve néanmoins le climat anxiogène et glaçant approprié.

Niché dans un écrin conservateur, entre convenances datées et élégance de l’époque, The Young Lady propose la rencontre avec une jeune femme contrainte à un mariage forcé et emprisonnée dans un quotidien ennuyeux entre frustration et joug patriarcal. Derrière l’apparente docilité de l’héroïne bout dès les premières minutes un feu insolent qui ne demande qu’à exploser et qui finit par trouver un exécutoire à travers une liaison impossible. Loin des amourettes bohèmes et poétiquement torturées qu’on a l’habitude de voir dans les films d’époque, The Young Lady propose une femme à contre-courant, dont la rébellion et l’audace vont lentement causer sa perte. Fidèle à la femme dévorée par ses rêves imaginée par Shakespeare, la version proposée par William Oldroyd possède la même fragilité délicate qui maintient la jeune femme sur la limite vacillante entre le bien et le mal. Entre amours brûlantes et folies passionnelles, The Young Lady nous enferme dans un conte diabolique où les apparences calmes et convenues se transforment rapidement en un piège aussi captivant que malsain.

En effet, The Young Lady fascine car il oscille sans cesse entre deux tableaux aussi différents que complémentaires. William Oldroyd soigne l’extérieur à travers des décors et des costumes sublimes, qu’il met en scène dans des plans soignés. Esthétique et maîtrisé, la réalisation est sublime, créant de réels tableaux tout droit issus de l’époque victorienne à travers une photographie et un travail sur la lumière absolument fantastique. La direction d’acteurs est visible et stricte, soulignant aussi bien le fait que les personnages sont emmurés dans leurs classes sociales que la précision rigide mais bénéfique de la mise en scène de William Olroyd qui semble positionner ses acteurs au millimètre près.
L’autre tableau est porté par l’ambivalence permanente du film entre le naturel fougueux de son histoire, comprimé par la bienséance qui étouffe aussi bien les cadres que les personnages (la campagne désolée vs ses herbes sauvages, la jeune fille convenable vs la jeune femme sensuelle…). Entre différences sociales et moeurs de l’époque, The Young Lady laisse filtrer une soif de liberté tuée dans l’œuf à chaque nouveau pas en avant et si le caractère passionnée de l’héroïne inonde le film, c’est aussi toute un sentiment de frustration qui rend l’ensemble aussi complexe. William Oldroyd sublime une héroïne qu’il ne parvient pas à rendre coupable, préférant souligner sa sensibilité à fleur de peau et son ingénuité évidente qui va pourtant de pair avec le monstre inconscient qu’elle devient sous nos yeux.

Au casting : Florence Pugh (The Falling…), sublime, crève l’écran, personnifiant aussi bien la fraicheur que le caractère redoutable de son personnage. À ses cotés, Cosmos Jarvis (MI-5 Infiltration…), Paul Hilton (Les Hauts de Hurlevent…) et Christopher Fairbank (Les Gardiens de la Galaxie…) deviennent ses proies, tandis que Naomi Ackie (The Five…) livre une performance poignante et convaincante.

En conclusion, The Young Lady consume par surprise, se révélant être un petit bijou aussi discret qu’entêtant, porté par une jeune actrice talentueuse. William Oldroyd livre un drame passionnant et abouti, certes marqué par la méticulosité psychorigide inhérente au cinéaste esthète et en quête de réalisme. Dérangeant et fascinant, The Young Lady est un film à ne pas manquer. À voir absolument.

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Une réflexion sur “[COUP DE CŒUR] The Young Lady, de William Oldroyd

  1. Sublime et dérangeant !!!
    un film à voir absolument
    L »un des plus beaux films que l’on peut voir actuellement, des acteurs forts de talent, de charme et de stupeur……un tableau vivant pour chaque scène, ou une émotion naît, nous suspend jusqu’à l’autre…..film éblouissant…j ai adore vraiment+++++++++++++++

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