[CRITIQUE] Fast and Furious 8, de F. Gary Gray

Toujours plus fort, toujours plus haut et toujours plus dingue, la saga Fast and Furious en est déjà à son huitième opus ! Réalisé F. Gary Gray, ce nouveau film marque un changement plus orienté film d’action que divertissement pur, en proposant une intrigue plutôt sombre autour de la supposée trahison du héros. Grâce à des personnages toujours aussi cool et des piqûres d’adrénaline bien senties, Fast and Furious 8 – The Fate of the Furious maintient un rythme ébouriffant du début à la fin. Pourtant, quelque chose manque à l’appel… Entre un héros qui retourne sa veste et des personnages secondaires plus ou moins orphelins, le ton trop sérieux et dramatique du film rend l’ensemble nettement moins fun, par rapport aux trois films précédents. Petite perte de vitesse donc…

Le pitch : Maintenant que Dom et Letty sont en lune de miel, que Brian et Mia se sont rangés et que le reste de l’équipe a été disculpé, la bande de globetrotteurs retrouve un semblant de vie normale. Mais quand une mystérieuse femme entraîne Dom dans le monde de la criminalité, ce dernier ne pourra éviter de trahir ses proches qui vont faire face à des épreuves qu’ils n’avaient jamais rencontrées jusqu’alors. Des rivages de Cuba au rues de New York en passant par les plaines gelées de la mer arctique de Barrents, notre équipe va sillonner le globe pour tenter d’empêcher une anarchiste de déchaîner un chaos mondial et de ramener à la maison l’homme qui a fait d’eux une famille.

Vont-ils s’arrêter un jour ? Peut-être. En tout cas, la saga Fast and Furious a encore de belles heures devant elle, notamment après le fameux Furious 7, de James Wan, qui avait non seulement ravis les fans mais en plus offert un au-revoir touchant suite au décès de Paul Walker.
Pour ce nouvel opus, c’est le réalisateur F. Gary Gray (Braquage à l’Italienne, Be Cool, NWA: Straight Outta Compton…) qui s’attelle à la tâche. Un film Fast and Furious a déjà un gros avantage dès le départ : le public est déjà acquis et c’est un film qui se porte quasiment tout seul grâce aux personnages et acteurs principaux. Du coup, Fast and Furious 8 sent bon les retrouvailles, entre la coolitude assumée des personnages qui s’autorisent plus de libertés humoristiques et le coté dramatique toujours très accentué du film, souvent très kitchs mais toujours efficaces. Entre Vin Diesel grommelant et bourru, Dwayne Johnson et ses bras gigantesques et l’humour clownesque de Tyrese Gibson, Fast and Furious 8 est une balade en terrain connu et balisé, calibré pour plaire et divertir. Cependant, le revers de la médaille, c’est qu’il faut aller plus loin. Depuis que Justin Lin a su renouveler la saga avec Fast Five, les films sont attendus au tournant : que vont-ils inventer ? Un tank ? c’est fait. Un avion ? C’est fait. Sauter d’un avion, d’une falaise ? Done and done. Balancer une voiture dans un hélicoptère ou traverser les airs d’un immeuble à un autre ? Un jeu d’enfant… Alors qu’une petite communauté discrète, dont je fais partie, imaginerait bien à un trip dans l’espace (soyons fou), voire même un crossover avec Transformers (encore plus fou… et impossible… mais quand même !!!), F. Gary Gray et le scénariste Chris Morgan ont décidé de trancher : plus gros, d’accord, mais aussi… plus simple.

Fast and Furious 8 garde donc une attache sentimentale aux sources de la saga, à savoir les courses de voitures effrénées, encore plus présentes dans ce nouvel opus. En effet, dès le départ, le film renoue avec l’amour de ses personnages pour les belles carrosseries, alors que la « famille » de Toretto tente de tourner la page à Cuba. C’est avec l’arrivée d’une nouvelle menace, sous les traits de la superbe Charlize Theron, que le film va prendre des atours bien plus graves que d’habitude, alors que la trahison du héros va pousser ses amis à s’allier avec de vieilles connaissances et notamment signer le retour de Jason Statham. Un choix judicieux, car même si le personnage de Vin Diesel n’est pas forcément celui qui apporte le plus de sel dans les films, son absence dans le camp des gentils se fait plutôt remarquer. Sans le catfight permanent entre Hobbs (Dwayne Johnson) et Deckard Shaw, Fast and Furious 8 aurait rapidement pu tourner à vide. Mais est-ce vraiment là le hic ?
Il faut dire qu’il n’y a pas que la quasi-absence de Dom qui se fait remarquer dans le film. Fast and Furious 8 est à tournant de la saga et cela se ressent. L’absence de Paul Walker se ressent dans l’écriture des autres personnages, car il n’y a plus de lien transitif entre les gros bras du film (Vin Diesel, Dwayne Johnson et, du coup, Jason Statham) et les « rigolos » de la bande dont le nombre s’est drastiquement réduit (Tyrese Gibson, Ludacris…). Du coup, les rôles secondaires ont parfois tendance à flotter et à se redéfinir dans le film, tandis qu’un remplacement, visible mais discret, s’installe dans le groupe.

Le changement passe aussi dans la tonalité du film. Entre dramas et trahison, F. Gary Gray, habitué à des films beaucoup moins tapageur, choisit de conserver un premier degré solide dès qu’il s’agit d’action. Embarqué dans un film à 300 km/h (au moins !), F. Gary Gray ne laisse aucun moment de répit à travers une trame plutôt équilibrée et efficace, entre réponses aux questions soulevées et rebondissements épiques. À travers plusieurs arrêts de part et d’autres dans le monde, Fast and Furious 8 signe de nombreuses scènes impressionnantes – notamment celle de New York. Cependant, alors que les trois derniers films de la saga misait sur de l’esbroufe totale et assumée, Fast And Furious 8 se démarque avec de l’action certes musclée, mais finalement très terre-à-terre et relativement sobre.
Pourtant, là où les trois précédents films misaient sur l’effet « waouh » de l’action, F. Gary Gray, lui, préfère ajouter une tension certaine, resserrant d’un cran à chaque fois l’étau sur les personnages. Bien que Fast and Furious 8 s’avère efficace, je trouve la réalisation bien en-dessous de celle de James Wan, voire même celle de Justin Lin, tandis que F. Gary Gray propose des scènes plutôt grises et difficilement lisibles, bien loin du style léchés et un poil festif malgré le danger des autres films. Je me demande si cette nouvelle approche était tout de même une bonne idée : est-ce qu’on ne serait pas en train de s’éloigner de la recette du succès de Fast and Furious en retournant au concept précédent ? F. Gary Gray propose ici un style bien à lui, mais j’ai l’impression qu’il n’a pas vraiment saisi le concept des Fast and Furious, en matière de spectacle et de divertissement. Ou alors j’ai du mal avec le changement… La saga choisit probablement de prendre un nouveau départ et la transition crée, dans tous les cas, la surprise.
Mais avouons tout de même qu’il y a un léger retour en arrière, notamment avec l’intrigue globale qui ressert le coup du super hacker qui cherche à dominer les gouvernements du monde, soit l’idée classique de la séquelle en manque d’idée (Die Hard 4)…

Globalement, Fast and Furious 8 est plutôt sympa : l’ensemble reste à la hauteur de la saga et les retrouvailles avec le casting font toujours leurs petits effets, surtout quand la notoriété des acteurs permet quelques « private joke » pas si exclusive (Tay-tay !). Cependant, le film est en pleine transition et cela se sent : visuellement, le résultat retrouve sa presque sobriété d’avant et même si on ose le sous-marin, les scènes d’action sont bien moins fun et la mise en scène plus classique. Mais le plus marquant, c’est surtout la façon dont les personnages secondaires semblent déséquilibrés.
En effet, au casting et coté « gros bras » : Vin Diesel (xXx: Reactivated, Le Dernier Chasseurs de Sorcières…) et Dwayne Johnson (Vaiana, La Légende du Bout du Monde, Agents Presque Secrets…) rempilent sur ce nouvel opus, et incluent – un peu facilement, certes – Jason Statham (Furious 7, Spy…) dans leurs rangs (le gars a quand même tué Han !). De retour également, Kurt Russell (Deepwater, Les Huit Salopards…) joue les spectateurs privilégiés, tandis que Charlize Theron (Mad Max: Fury Road, Le Chasseur et La Reine des Glaces…) incarne la grande menace du film, totalement crédible grâce à son charisme quand même déconcertant.
Mais autour d’eux, c’est un peu la débandade : Tyrese Gibson (Mise à l’Épreuve 2…) et Ludacris (22 Jumpstreet…) continuent de s’envoyer des vannes, mais n’ont plus d’arbitre, Nathalie Emmanuel (Game Of Thrones, Le Labyrinthe : La Terre Brûlée…) ne sert pas à grand chose et même Michelle Rodriguez (Resident Evil : Chapitre Final…) semble inexistante sans sa moitié. L’absence de ciment dans l’équipe se fait gravement ressentir, et ce n’est pas uniquement parce que le héros de la saga leur a tourné le dos, mais bel et bien parce qu’il manque une personne, qui permettait de faire le lien entre les gros durs et les rigolos du film.
À l’affiche également, Elsa Pataky est de retour, Kristofer Hivju abandonne la peau de bête et Scott Eastwood (Snowden, Suicide Squad…) fait ses premiers pas dans la saga… et probablement pas les derniers. Il y a également d’autres surprises, mais je n’en dirai pas plus.

En conclusion, F. Gary Gray a une tâche difficile : surpasser les films précédents et réinventer la franchise. Plutôt que miser sur la surenchère à tous les étages, Fast and Furious 8 préfère une approche plus dramatique et le retour aux sources. Entre courses de voiture, affaires de familles et actions musclées, ce nouvel opus fait honneur à la saga en conservant un rythme à couper le souffle et en offrant un divertissement solide. Mais bon… c’était mieux avant ! À voir, évidemment.

 Ps : … ah non, rien. Pas de scène post-générique 🙂

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s