[CRITIQUE] Braquage à l’Ancienne, de Zach Braff

Léger et décalé, Braquage à l’Ancienne joue les comédies estivales avant l’heure, avec un casting trois étoiles. Derrière l’humour et les frasques de gangsters débutants, Zach Braff dénonce le système américain qui laisse ses retraités sur la carreau. Si l’ensemble est agréable, Braquage à l’Ancienne compose avec de nombreuses failles, entre manque de crédibilité (allant au-delà de l’âge de ses protagonistes) et de piquant, tout simplement. Braquage à l’Ancienne maîtrise les codes classiques mais de façon impersonnelle – avec un réalisateur comme Zach Braff, c’est plutôt étonnant.

Le pitch : Pour Willie, Joe et Al, trois amis octogénaires – ou presque –, la retraite, c’est du passé. Quand ils apprennent que leurs pensions sont parties en fumée, ils décident de passer à l’action. Bousculant tous leurs principes, ils tentent l’impensable : braquer la banque qui les a ruinés !

Quand le cinéma veut laisser de la place au troisième âge, soit il arpente les sentiers battus avec des comédies mignonettes comme Pas Si Simple ou encore Tout Peut Arriver, soit il s’autorise un ton décalé, comme la saga Red ou le récent Last Vegas. Pour son troisième film, Zach Braff (Scrubs, Garden State, Le Rôle De Ma Vie…) délaisse temporairement le film introspectif pour signer la comédie Braquage à l’Ancienne, l’histoire de trois papys qui voient leurs retraites s’envoler en fumée alors que l’entreprise qui les employait délocalise son usine. Après avoir assister au braquage de sa propre banque, l’un d’entre eux s’improvise et entraîne ses amis dans l’aventure.
Et quelle aventure : les héros du film ont certes le verbe en forme, mais le temps ne les a pas épargné. Zach Braff propose des portraits sans fard, loin de la retraite dorée américaine qu’on nous sert d’ordinaire, à travers ces personnages qui survivent avec une rente à peine suffisante après des années de bons et loyaux services. Braquage à l’Ancienne pointe du doigt un système bancaire et capitaliste américain qui ne préserve pas ses citoyens, comptant sur le bon vouloir des employeurs pour assurer leurs retraites. Sauf qu’ici, le vent tourne rapidement à l’orage et quand les parachutes viennent à manquer, nos héros décident de prendre les taureaux par les cornes.

Braquage à l’Ancienne se veut cocasse en proposant des petits vieux qui s’improvisent braqueurs. Le ton est léger et l’ambition décalée fait qu’on adhère facilement à l’intrigue. Zach Braff chouchoute ses héros, souvent bourrus et grognons mais au cœur tendre, laissant la place nécessaire aux acteurs de s’en payer une bonne tranche. C’est sans surprise que Braquage à l’Ancienne assure le job, en proposant un traitement classique rythmé par des péripéties attendues mais savoureuses. Cependant, si le film de Zach Braff suit un parcours sans encombre et que le pitch appelle à l’ouverture d’esprit dès les premières minutes, il y a tout de même quelques détails qui me chiffonnent et qui mettent en exergue l’incohérence ambiante du film. Des vieux qui braquent une banque, pourquoi pas. Mais des vieux qui braquent une banque qui a déjà été braquée récemment, dans un état policier comme New York ? C’est gênant, pas important mais ce genre de détail flirte à la limite du tolérable, même pour ce type d’histoire. Le plus décevant finalement, c’est que Zach Braff se contente de poser ses atouts sur la table avant de les observer passivement, sans véritablement creuser son postulat de départ. Alors oui, Braquage à l’Ancienne s’offre un superbe casting, mais nous revoilà devant l’exemple parfait d’acteurs aguerris et excellents qui n’ont plus rien à prouver. Du coup, si l’ensemble est sympathique, dans le fond, on s’ennuie un peu. Pour un film de Zach Braff, ce n’est pas terrible.

Au casting : Morgan Freeman (Insaisissables 2, Ted 2…), Michael Caine (Le Dernier Chasseur de Sorcières, Youth…) et Alan Arkin (Match Retour, Argo…) jouent les vieux comparses drôles et attendrissants, tandis que le plaisir de les revoir ensemble fait le reste – surtout que les deux premiers partagent l’affiche pour la sixième fois ! À leurs cotés, Christopher Lloyd (Sin City : J’ai Tué Pour Elle…) a toujours l’air d’un savant fou, tandis que Matt Dillon (Wayward Pines, Imogene…) et John Ortiz (Kong: Skull Island…) rajeunissent la moyenne d’âge du film. Coté femmes, Ann-Margaret et Joey King (Independence Day: Resurgence…) sont également présentes, mais en retrait dans ce film très masculin et surtout aux phares braqués sur ses acteurs principaux.

En conclusion, si Braquage à l’Ancienne tient la route en proposant une comédie à la fois touchante et amusante, le film doit surtout son caractère sympathique à son casting tant la touche habituelle de Zach Braff, plus souvent versé dans la crise existentielle, est inexistante. L’ensemble est correct et plaisant, mais on est loin de la comédie de l’année. À tenter, pour les acteurs.

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