[CRITIQUE] Aurore, de Blandine Lenoir

Le pitch : Aurore est séparée, elle vient de perdre son emploi et apprend qu’elle va être grand-mère. La société la pousse doucement vers la sortie, mais quand Aurore retrouve par hasard son amour de jeunesse, elle entre en résistance, refusant la casse à laquelle elle semble être destinée. Et si c’était maintenant qu’une nouvelle vie pouvait commencer ?

Après une premier long-métrage en 2014, Blandine Lenoir retente l’aventure cinéma avec Aurore, un petit film attachant et sincère sur une héroïne cinquantenaire, bousculée entre crise existentielle et ménopause. BOUH ! « Ménopause » le mot tabou est posé dès les premières minutes et Blandine Lenoir prend à bras-le-corps ce sujet pour le distiller en filigrane dans son film comme un étendard revanchard, assumé mais toujours pacifiste et plein d’optimisme.
Aurore observe une femme et se questionne sur sa condition que la société résume à sa jeunesse et à l’activité (ou non) de ses ovaires, tandis que ses enfants grandissent sous ses yeux. Entre romance presque adolescentes et futurs incertains, le film de Blandine Lenoir évoque, sans s’appesantir, le parcours ordinaire de ces femmes rarement dépeintes au cinéma. La normalité de son sujet rend le film attachant et touchant, cherchant à resituer la femme cinquantenaire qui semble disparaître aux yeux de tous, comme un fantôme encombrant ou un miroir reflétant une finalité inéluctable que l’on cherche à oublier.

Sans amertume, la réalisatrice constate presque avec humour la lutte existentielle de son personnage, qu’elle transpose à la jeunesse de ses enfants qui débute un nouveau cycle et à une rencontre avec des femmes bien plus âgées qui font une pied-de-nez à la solitude et à l’oubli qui sont sensés les attendre. Aurore se veut presque optimiste mais derrière la légèreté d’une romance tatillonnante et d’une tranche de vie ordinaire se cache une gravité qui ne passe pas inaperçu et ne fait que pointer du doigt une vérité presque effrayante (quand on est une femme, en tout cas) : les oubliettes réservées aux femmes ménopausées.

Au casting : Agnès Jaoui (Je suis à vous tout de suite, Comme un avion…) est excellente en ménopausée rebelle et rayonne sur le film, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour tout le monde. En effet, si le film de Blandine Lenoir est attachant, il faut tout de même composer avec Thibault de Montalembert (Dix Pour Cent, Tunnel…) et son personnage agaçant et une Lou Roy Lecollinet (Trois Souvenirs de ma Jeunesse…) qui minaude en permanence, ce qui ne laisse pas beaucoup de place pour Pascale Arbillot (Gemma Bovery…), lumineuse, et Sarah Suco (La Belle Saison…), effacée.
À l’affiche également, Philippe Rebbot (Rosalie Blum…), toujours égal à lui-même quoi qu’il arrive.

En conclusion, Blandine Lenoir évoque ces femmes oubliées du cinéma, narrant dans une normalité juste ce complot curieux et sociétal qui poussent les femmes vers l’oubli, une fois passé un certain âge. Aurore met les pieds dans le plat et se réapproprie le statut de femme qui lui revient, faisant de la ménopause une étape de la vie et non une maladie horrible qu’il faut à tout prix taire. Souvent drôle et parfois touchant, Aurore donne le sourire mais laisse un goût amer et incertain – surtout si vous êtes une femme, justement. À voir.

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