[CRITIQUE] Get Out, de Jordan Peele

Angoissant, malin et étonnant, Get Out est certes précédé par sa réputation outre-atlantique, mais il ne démérite pas. Loin des films d’épouvante classiques, le film de Jordan Peele mêle préjugés et paranoïa dans une rencontre angoissante où l’horreur se niche dans un thriller aux accents hyper réalistes et accessibles. Brillamment écrit, Get Out fait un pied-de-nez savoureux aux clichés, tout en évitant les écueils attendus dans un film aux propos grinçants, animé par une tension prenante et une ambiance savoureusement glaçante. Génial !

Le pitch : Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Get Out, c’est un film que j’ai dans mon viseur depuis un petit moment déjà. Alors que sa sortie en salles était initialement prévue pour cet été, son succès aux US a fait du bruit et contribué à avancer sa sortie pour le plaisir des plus impatients (et pour éviter le téléchargement illégal en masse, aussi).
Pour son premier film, Jordan Peele, comédien et humoriste américain qui a longtemps sévi sur Comedy Central avec sa série Key and Peele, choisit un genre mixte et plutôt épineux : le thriller horrifique. Aguerri par des années de sketchs sur les préjugés, la pop-culture et les clichés, entre satyre et humour mordant, Peele propose un film inspiré par les mêmes thèmes et choisit de les porter à l’écran à contre-courant, dans une approche à la fois innovante mais aussi alarmante. Avec Get Out, le réalisateur ose aborder un thème qui aurait pu facilement dérapé en proposant sa version flippante de Devine Qui Vient Diner de Stanley Kramer (1968, ou sa version plus récente Black/White de 2005), dans un genre plutôt inédit tout en sautant à pieds joints dans des clichés qu’il éclabousse et détourne avec culot (notez également la ressemblance entre les titres VO de Devine Qui… ? et Black/White, « Guess Who » qui est très proche phonétiquement de « Get Out« … coïncidence ? je ne crois pas).

L’ingéniosité de Get Out vient de sa facilité à s’approprier les codes horrifiques, de l’introduction déjà angoissante jusqu’à la rencontre avec la famille qui vit dans une jolie maison… isolée en forêt. Le réalisateur soigne impeccablement son ambiance, jouant à fond la carte de l’étrange et de l’angoisse, au fur et à mesure que le doute s’installe, laissant deviner que ce séjour anodin va virer au cauchemar… ou pas ? Entre préjugés, et paranoïa, Get Out narre avec justesse l’équilibre maladroit entre les idées reçues et la perception de la réalité, en nous glissant astucieusement dans le point de vue du héros, déjà mal-à-l’aise à l’idée de rencontrer la famille de sa petite-amie. En navigant habillement entre le thriller et l’épouvante, Get Out évolue dans un mystère épais et bien ficelé, oscillant entre ses influences paranormales et le malaise ambiante qui bout en filigrane à travers chaque interaction entre les personnages. L’ensemble est fascinant et insaisissable, tant Jordan Peele casse les codes courus d’avance, jusqu’au twist finement millimétré qui, malgré son caractère capillotracté, satisfait. Et même là, ce n’est pas fini : là où de nombreux films abattent un va-tout hâtif pour conclure, Jordan Peele profite de son dernier rebondissement pour fignoler un final excellent.

Si Get Out est une production Jason Blum, ne vous attendez pas à un Conjuring ou à un autre film d’épouvante classique. À l’image d’un The Visit (M. Night Shyamalan) bien mieux fichu, l’œuvre de Jason Peele s’engouffre dans les sentiers battus pour en exagérer les détails et faire appel à l’imagination du spectateur pour combler ses appréhensions. Derrière chaque détour en forêt, regards inquiétants et attitudes bizarres, Get Out oscille entre le terre-à-terre et l’anormal. Bien que ce ne soit pas à proprement parlé du cinéma d’horreur, il y a tout ce qui manque dans ce cinéma de genre aujourd’hui avec, en premier lieu, de la tension, du stress… en un mot : du SUSPENS ! Un suspens salvateur et captivant qui rythme le film de bout en bout, soulignant une écriture aboutie et habité par des lieux communs probablement issus de l’expérience personnelle de Jordan Peele, mais également accessible au public. En effet, si Get Out tricote autour d’un sujet complexe (le racisme), il le fait adroitement en se reposant sur les préjugés de ses personnages et non sur des messages xénophobes de masse ou, argh, des restes de l’Amérique esclavagiste. Mieux même : il ose l’humour ! Get Out se déroule avec une tonalité souvent décalé, fidèle à l’écriture de Jordan Peele, notamment avec les scènes de respiration sympathiques qui permettent de faire des pauses bienvenues.
Certes, on pourrait parfois penser que le film s’adonne tranquillement au white-bashing gratuit, mais en y regardant de plus près Get Out est nourri par la peur anticipée de son personnage, mais aussi par la pensée collective volontairement « contaminée » grâce à un attachement immédiat au héros. Heureusement, Jordan Peele désamorce un discours épineux en créant un malaise des « deux cotés », entre celui du héros Noir pas forcément à l’aise entouré de Blancs et des Blancs tout aussi maladroit quand ils veulent rassurer le héros. C’est justement cette absence de prise de position qui rend l’ensemble aussi prenant, car devant Get Out, difficile de deviner à quoi s’attendre. Surprenant, habile et surtout réussi, le thriller de Jordan Peele fait coup double en mettant ses personnages (et le spectateur !) face à ses préjugés tout en donnant froid dans le dos !

Je chipoterai bien un peu sur des détails (l’histoire de la mère, le twist tiré par les cheveux, les dernières minutes un peu ballotantes…), mais franchement, rares sont les bons films d’angoisse ces derniers, alors autant se faire plaisir : le film de la semaine, c’est Get Out.

Au casting : Daniel Kaluuya (Sicario, Kick-Ass 2...) mène la danse avec brio, bien aidé par un duo flippant, incarné par Catherine Keener (New York Melody, Show Me A Hero…) et Bradley Whitford (Dans L’ombre de Mary…). Allisson Williams (Girls…) est géniale, tandis que j’aurai voulu en voir plus de Caleb Landry Jones (Antiviral…) et surtout Betty Gabriel (American Nightmare 3: Elections…) qui, malgré ses rares apparitions, donne énormément.

En conclusion, Get Out a l’audace d’être un premier film brillant, produit par un Jason Blum qui semble avoir compris que les films à jumpscares n’ont plus vraiment la côte. Stressant et mystérieux, Jordan Peele s’approprie les codes horrifiques dans un thriller où les préjugés sont explorés à l’extrême. Ambiance glauque, angoisse et malaise sont au rendez-vous… J’en redemande ! À voir. Vite.

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