[CRITIQUE] Alien : Covenant, de Ridley Scott

5 ans après Prometheus, Ridley Scott revient avec Alien : Covenant, le deuxième volet de sa prélogie Alien. Ambitieux mais confus, plaisant mais laborieux, Alien : Covenant parvient a donner une véritable suite au premier opus mais échoue quand il tente de créer une véritable ambiance horrifique. Vendu comme le digne successeur à Alien premier du nom, Alien : Covenant frôle de (très) près la déception (surtout si on s’attend à du Alien) et se rattrape de justesse avec une intrigue recherchée – certes un peu perchée – et directement liée à Prometheus. Je suis toujours très mitigée sur ce film, mais j’ai envie d’y croire.

Le pitch : Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore inexploré. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper.

En 2012, Ridley Scott (Seul Sur Mars, Exodus, Cartel…) proposait Prometheus, le premier volet d’une prélogie dédiée aux origines d’Alien. Ca n’a jamais été un secret que le réalisateur un peu grognon n’a jamais apprécié les suites à son film Alien, le Huitième Passager (1979), estimant qu’aucune des suites n’avait pris le temps d’explorer les origines du xénomorphe et des space jockeys. Avec Prometheus, le film tente d’amorcer une réponse à partir d’un questionnement purement SF : d’où vient l’homme / la vie sur Terre ? Le résultat a reçu une réception partagée – scindant les fans de SF d’un coté et les fans d’Alien de l’autre – surtout due à des ambitions marketing autour du film qui promettaient un film Alien alors que le réalisateur avait choisi de conserver l’ambiance graphique et sombre de son film culte, pour y tisser une nouvelle histoire. Des ingénieurs aux créatures menaçantes, en passant par la réflexion sur la fragilité expiratoire de la vie humaine, Prometheus s’est souvent pris les pieds dans le tapis, notamment en créant des anomalies avec le film Alien (la gravure de la Reine par exemple). Heureusement, l’ambition de Ridley Scott, la promesse de suites à venir et le visuel spectaculaire de Prometheus ont su sauver l’ensemble.

Aujourd’hui Alien : Covenant reprend l’aventure là où Prometheus nous avait laissé, avec une nouvelle équipe au scénario comptant Michael Green (Logan, prochainement Blade Runner 2049…) et John Logan (Penny Dreadful, Spectre…). Et c’est là l’information importante : malgré son titre, l’affiche et le marketing autour du film Alien : Covenant n’est pas un film Alien mais bel et bien une suite de Prometheus. Si Ridley Scott n’a jamais lâché l’affaire concernant son projet de prélogie, il faut reconnaître que les fans – moi la première – pleuraient l’absence de leur xénomorphe favori. De plus, face au projet pour le moment avorté de Neill Blomkamp, Ridley Scott (et la Fox, probablement) a choisi de réintégrer Alien dans ce film et, malheureusement, les deux ne font curieusement pas bon ménage.

La bonne nouvelle, c’est qu’Alien : Covenant continue d’explorer la proposition de Prometheus en s’interrogeant sur la naissance de l’Alien tel que nous le connaissons. Le propre de la science-fiction classique s’est de se questionner et Ridley Scott continue de théoriser sur la condition humaine, de sa quête d’extension éternelle à son ambition de créer pour survivre. Renouant avec une ambiance froide, futuriste et crépusculaire, le film nous embarque dans un récit souvent énigmatique, stimulé par des pointes de frissons et l’attente grandissante lors de la première partie du film. Les retrouvailles avec Prometheus sont savoureusement dérangeantes et étranges, Ridley Scott flirte avec l’incongru et tricote sur la thématique de la perfection, tandis que son approche visuelle propose une métaphore plutôt sombre de l’espèce humaine. En effet, si les croyances religieuses pensent que Dieu a créé l’Homme à son image, Alien : Covenant semble souligner qu’il y avait probablement mieux à faire, une fois débarrassé des freins sociaux et moraux. Le film replace au centre l’intelligence artificielle à travers ses androïdes et leurs capacités à voir au-delà des limites fixées par l’Homme… quelqu’en soient les conséquences. À travers des discours souvent nébuleux, Ridley Scott pointe du doigt l’individualisme inné de l’Homme, seul survivant logique à la transmission du savoir de l’homme vers la machine.

Coté divertissement, Ridley Scott n’a pas perdu la main. Si Alien : Covenant erre parfois entre deux leçons de flûte, le film conserve un bon rythme entre respiration et action, pour maintenir l’attention. Personnellement, j’ai été souvent dubitative devant le film, mais je ne me suis pas ennuyée une minute. Alien : Covenant a un tempérament orageux : les pics d’action sont imprévisibles et impétueux, notamment la première qui est hyper prometteuse et viscérale (presque littéralement d’ailleurs !), comme pour lancer le ton.
Et justement, c’est là que les bémols s’accumulent. En effet, Alien : Covenant a bien du mal à susciter de véritables frissons. Si la rencontre avec les néomorphes (la scène teasée dans les bandes-annonces) prend aux tripes, la suite manque énormément de structure horrifique pour fonctionner. Trop focalisé sur son intrigue principale, le film oublie d’amener ses personnages vers l’angoisse, sans parler des rôles secondaires qui sont parfois absurdes et manquent de logique fondamentale.

Ridley Scott s’essaie à la redite en revisitant des moments clés du film Alien mais dans l’univers trop éloigné et presque trop aseptisé de Prometheus. L’angoisse a dû mal à fleurir dans Alien : Covenant tant la tension et la noirceur voulue manque à l’appel et pour cause : le film de 1979 avait une ambition bien définie, celle de faire frissonner entre un suspens savamment entretenu et anticipé dans un huis-clos étouffant aux recoins sombres, entre monstres du placards et terreurs nocturnes. Or, la prélogie de Ridley Scott est l’exact opposé d’Alien en terme d’environnement : des espaces ouverts à la photographie des films Prometheus et Alien : Covenant, difficile de recréer la même ambiance sans desservir l’un des deux univers. Du coup, alors qu’Alien : Covenant est vendu comme l’héritier d’Alien, le Huitième Passager, il n’est pas vraiment à la hauteur du film culte (malgré la présence du magnifique xénomorphe dans une de ses meilleures versions cinéma).

Pourtant, ce n’est pas faute de maîtriser les codes narratifs : Alien : Covenant injecte suffisamment de rebondissements pour dynamiser l’ensemble, jusqu’à un affrontement final excitant, mais même mon alien favori ne parvient pas à faire oublier l’approche purement SF du film, bien plus proche de Prometheus que d’Alien, tant l’action remplace le frisson. Le fait d’observer à la loupe ses personnages (synthétiques) rend Alien : Covenant souvent froid, ce qui se ressent dans l’interaction entre les personnages et leurs réactions trop alertes face aux événements pourtant extraordinaires qu’ils affrontent. Là où le film de 1979 prenait le temps d’installer et de contempler les conséquences des choix de ses personnages, Alien : Covenant répond à la hâte et délivre le spectacle attendu. Résultat, si vous espérez grimper au plafond, préparez donc une bonne échelle : Ridley Scott assure le divertissement et rassure avec un vrai xénomorphe, mais dans un écrin purement sci-fi et non horrifique.

Finalement, que vaut véritablement Alien : Covenant ? En tant que divertissement science-fiction lié à Prometheus, l’ensemble tient plutôt bien la route en continuant de dérouler l’intrigue du premier film – bien que Ridley Scott omette un sérieux détail au passage [SPOILER : quid des Ingénieurs ?/]. À la fois fascinant et étrange, le film conserve un mystère épais sur ses intentions, tout en semant des pièces du puzzle menant jusqu’à Alien. Tout aurait pu aller dans le meilleur des mondes si, justement, il n’y avait pas ce lien avec le film de 1979 que l’on attend tous car, avouons-le, Alien : Covenant ne lui arrive pas à la cheville. Et c’est là que la déception se fait sentir : au-delà de la différence d’ambiance, les deux films ont 40 ans d’écart et ça se voit, non seulement au niveau du visuel bien plus avancé de la prelogie, mais aussi en terme d’inspiration et de récit, car ils sont fortement influencés par l’époque qui les entoure (les années 70-80 était plus sociales et tournées vers le monde, tandis que notre époque est plus individualiste). Pourra-t-on vraiment relier les deux sagas en terme d’idéologie et d’approche ? J’en doute.

Le dernier souci qui gravite (huhuhu) autour d’Alien : Covenant, c’est finalement Ridley Scott qui, malgré tout mon respect et mon admiration, joue un peu les enfants gâtés : à la manière de Bryan Singer avec ses X-Men, Ridley Scott compte bien se réapproprier son bébé quitte à, visiblement, éliminer les suites 2, 3 et 4, de la saga originale en dégommant, en premier lieu, l’œuvre de James Cameron [SPOILER : suppression de la reine, créée par Cameron dans Aliens et pas vraiment validée par Scott/] Et ça, c’est bien dommage car, tel quelle, l’existence des Alien est vaine. Affaire à suivre, donc.

Au casting : Michael Fassbender (Assassin’s Creed, Une Vie Entre Deux Océans, X-Men Apocalypse... joue un double rôle cryptique et reste probablement l’un des plus gros points d’interrogation du (des) film(s). Autour de lui, Katherine Waterston (Les Animaux Fantastiques, Steve Jobs, Inherent Vice…) se démène plutôt bien en Ripley de rechange et Danny McBride (Sausage Party, C’est La Fin…) surprend en sortant de son registre ordinaire. Le reste du casting doit composer avec une écriture plutôt pâlotte des personnages secondaires, comme Billy Crudup (Jackie, 20th Century Women…) qui écope d’un rôle un poil stupide, tandis que Carmen Ejogo (American Nightmare 2…), Jussie Smollett (Empire…), Callie Hernandez (La La Land...), Amy Seimetz (Stranger Things…) ou encore Demián Bichir (Les Huit Salopards…) jouent les pions interchangeables.

En conclusion, si vous espérez un nouveau film Alien, vous serez déçus. Même si le xénomorphe est au rendez-vous, Alien : Covenant est bel et bien la suite de Prometheus : mystérieux et explorateur. Véritablement orienté SF et bien loin des ambitions horrifiques de la saga Alien, le nouveau film de Ridley Scott se perd trop souvent dans des envolées sibyllines et se rattrape péniblement grâce à des pointes d’action bienvenues et une intrigue intéressante pour la prélogie. Oui, c’est plutôt décevant et déroutant dans l’ensemble, mais si vous avez aimé Prometheus, Alien : Covenant devrait vous plaire. À voir évidemment, ne serait-ce que pour ce magnifique sourire !

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