[CRITIQUE] Les Fantômes d’Ismaël, d’Arnaud Desplechin

Le pitch : À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu…

Après le succès de son dernier film, Trois Souvenirs de ma Jeunesse, récompensé par le César du Meilleur réalisateur en 2016, Arnaud Desplechin (Jimmy P., Rois et Reine…) est de retour avec un drame pluriel qui s’est offert l’ouverture du Festival de Cannes cette année.
Si le Festival s’est diversifié ces dernières années en proposant des films plus accessibles, beaucoup de cinéphiles de tout poil le considère toujours comme étant l’ode à un cinéma pompeux et exclusif destiné à un public qui lui ressemble. Et bien Les Fantômes d’Ismaël représente plutôt bien cet esprit daté !
En fait, ce n’est pas vraiment un film : Arnaud Desplechin tricote un drame insipide et rapidement mis au placard pour s’étaler dans l’exercice de la performance poussive et empruntée. Les Fantômes d’Ismaël est pénible, dès les premières minutes, avec une facture pseudo-artistique et intellectuel appuyé, cadré dans une mise en scène transparente et une direction d’acteurs qui transforment lesdits acteurs en débutants sortant à peine d’un Cours Florent ! Et que je me jette théâtralement sur le lit emporté par le désespoir… Et que je te récite un quatrain les yeux dans le vague – quitte à faire des fautes de raccords grotesques… Arnaud Desplechin épuise et agace, tandis que le film vogue de chapitre en chapitre sans intérêt et fade, que même le film dans le film (le personnage principal étant cinéaste) n’arrive pas à réanimer. Pire, le différence de tonalité choque (au début du film, j’ai cru que je m’étais trompée de salles !), si Arnaud Despleschin peut tenter le drame vaguement amoureux, nombriliste et complaisant, il doit absolument qu’il laisse tomber le polar d’espionnage qu’il enfouit sous un bavardage incessant et monotone pour noyer le poisson (avec l’assommant Louis Garrel, en prime).

Pourtant, sans cette volonté lourde de vouloir appuyer chaque micro-émotion sensée émerger au cours du film, Les Fantômes d’Ismaël avait de quoi intéresser, tandis que le film vogue sur des thématiques évanescentes tel que l’absence, le manque et ces gouffres invisibles qui creusent le cœur de ses personnages en rupture. Malheureusement, les intentions ne collent pas avec le résultat : si le film parle du vide, fallait-il vraiment opter pour une mise en scène en adéquation ? Contemplative, amorphe et un poilounet narcissique ? Il y avait vraiment de quoi faire un film brut et marquant, ne serait-ce qu’avec plus de charisme dans la réalisation pour faire oublier ces personnages maniérés.

Au casting : Mathieu Almaric (Le Secret de la Chambre Noire, À Jamais…), Marion Cotillard (Rock’n’ Roll, Assassin’s Creed…) et Charlotte Gainsbourg (Ils Sont Partout, Independence Day – Resurgence…), trois acteurs reconnus et récompensés, poussent la performance à son paroxysme sous la caméra poussive d’Arnaud Desplechin, et participe au caractère assez insupportable de l’ensemble. Dommage, car la douceur assurée de Charlotte Gainsbourg face à la sensualité brute et fragile de Marion Cotillard était un choix plus intéressant (j’aurai aimé être une petite souris pendant le tournage).

En conclusion, (trop) souvent récompensé par des prix destinés au cinéma « Art et Essai », Arnaud Desplechin livre un film éteint qui ne fait que renvoyer Cannes quelques années en arrière avec un exemple trop pompeux et, oui, prétentieux. À éviter.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s