[CRITIQUE] The Jane Doe Identity, de André Øvredal

Le pitch : Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité), Tommy Tilden et son fils, médecins-légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte. Alors qu’ils commencent à assembler les pièces d’un mystérieux puzzle, une force surnaturelle fait son apparition dans le crématorium…

7 ans après The Troll Hunter, le réalisateur norvégien André Øvredal est de retour avec son premier film américain, The Jane Doe Identity, un film d’horreur à la fois classique et solide qui revisite les codes de l’épouvante sans se précipiter, en prenant le temps de créer une ambiance soignée et dérangeante avant. Au détour d’une découverte macabre, le film s’oriente rapidement dans un huis-clos ténu au tableau déjà glaçant : une morgue, dirigée par un duo père-fils médecins-légistes chargés de déterminer la cause de la mort d’une inconnue (les John et Jane Doe sont les noms donnés aux personnes non identifiées aux US).
Amorcé comme un thriller noir, The Jane Doe Identity installe d’entrée de jeu un certain malaise lié au métier des personnages, tandis que le film expose des tableaux graphiques, entre joyeux découpages de cadavres qui contrastent avec une normalité saisissante. Alors qu’André Øvredal nous attache à ce duo père-fils qui dédramatise un contexte déjà glauque, la fameuse Jane Doe entre en scène, un corps aux apparences trop paisibles qui va se révéler aussi inexplicable qu’inquiétant. Le film joue sur des oppositions déroutantes qui nourrissent un malaise constant et une certaine fascination morbide pour cette Jane Doe. Le cadre sombre et oppressant de la morgue contraste avec le corps diaphane de l’inconnue, tandis que le professionalisme serein des personnages continue de creuser un décalage avec leur travail, alors qu’ils explorent le cadavre. The Jane Doe Identity nous mène par le bout du nez et nous oblige à suivre sa route à l’aveuglette, tout en resserrant un étau alourdi par un huis-clos qui ne présage rien de bon.

Si l’ensemble est très classique quand il s’agit de jouer à cache-cache avec les ombres, The Jane Doe Identity sait mettre en bouche grâce à sa première partie qui oscille entre le gore explicite et la curiosité morbide, largement entretenu par le regard saisissant de la morte qui vient hanter la trame. Plus le film dévoile son histoire, plus le contraste avec son visage serein donne la chair de poule. Si dans son ensemble le film de André Øvredal ne renouvelle pas le genre, c’est à travers son installation qu’il nous entraîne dans une seconde partie frissonnante qui regorge de sursauts et de suspens flippants qui, malgré des appels du pied plutôt téléphonés, s’avèrent assez efficaces. Simple et prenant, The Jane Doe Identity tourmente et attise la curiosité de son spectateur en faisant appel à ses terreurs les plus basiques (la peur du noir et celle des fantômes) et doit beaucoup à son cadre atypique qui sort des sentiers battus et rebattus. Au-delà des jumpscares et autres artifices horrifiques, la bonne idée de André Øvredal est d’avoir écrit des personnages solides et rationnels, ce qui permet d’éviter de sombrer dans la caricature, tandis que le film tisse en parallèle une intrigue obscure autour du cadavre de l’inconnue. Et oui, car si le pendant surnaturel de The Jane Doe Identity n’est pas un mystère, les réponses aux compte-gouttes ne font que retenir l’attention du spectateur.

Certes, The Jane Doe Identity ne révolutionne pas le cinéma d’horreur et risque de laisser sur le carreau ceux qui n’apprécie pas l’imagerie gore du film, sans parler de sa conclusion un poil bâclée et, pour le coup, beaucoup trop facile, qui ne m’a pas convaincue. Cependant, j’ai aimé l’atmosphère du film : André Øvredal crée une atmosphère dérangeante qu’il soigne dans une première partie réussie dans laquelle il installe insidieusement les graines de l’horreur pour mieux les faire germer dans une seconde moitié prenante et angoissante. À mi-chemin entre le film d’épouvante et le thriller poisseux qui transformeraient les détails gore d’un épisode de Bones en une parenthèse enfantine, The Jane Doe Identity m’a convaincue car le film ne cède pas à la précipitation juste pour faire peur mais prend le temps d’installer une ambiance avant de sortir un grand jeu certes classique, mais habile et efficace. D’ailleurs, si on pouvait tous ensemble décider d’arrêter de jouer avec ses clés dans la rue la nuit, ça m’arrangerait 😀

Au casting, Brian Cox (X-Men 2, Her, Pixels…) et Emile Hirsch (Killer Joe, Savages, Into The Wild…) tiennent le film sur leurs épaules, égrainant une relation père-fils mise à mal par la présence d’un corps étranger, tout offrant les deux facettes nécessaires à ce genre de film : la figure rationnelle face à l’impressionnable. Autour d’eux, quelques passages éclairs de Michael McElhatton (Genius, Game Of Thrones, Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur…), Ophelia Lovibond (Les Gardiens de la Galaxie, Man Up…) et, bien entendu, Olwen Catherine Kelly qui incarne la fameuse Jane Doe.

En conclusion, malgré une sortie discrète, The Jane Doe Identity signe un film à l’exécution simple mais efficace. Après The Troll Hunter, André Øvredal joue avec nos nerfs, dans une ambiance glaçante et morbide où les cadavres n’en ont pas fini avec les vivants. À voir… l’estomac vide, quand même 😉

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s