[CRITIQUE] Conspiracy, de Michael Apted

Le pitch : Ex-interrogatrice de la CIA, Alice Racine est rappelée par son ancien directeur, Bob Hunter, pour déjouer une attaque imminente sur Londres. Face à un adversaire brutal et tentaculaire, Alice reçoit l’aide providentielle de son ancien mentor, Eric Lasch et d’un membre des forces spéciales, Jack Alcott. Mais elle réalise rapidement que l’agence a été infiltrée. Trahie et manipulée, elle va devoir inventer de nouvelles règles pour faire face à cette conspiration.

Michael Apted est un nom qui n’éveille pas forcément des souvenirs : cinéaste anglais repéré avec les films Agatha et Nashville Lady dans les années 70, ce sont surtout les années 90 qui vont lui porter chance, juste après Gorilles Dans La Brume (1988), avant de signer Cœur de Tonnerre et bien sûr le James Bond : Le Monde ne Suffit Pas en 1999. Les années 2000 l’inspirent moins (Plus Jamais, Le Monde de Narnia 3…) et c’est après 5 ans de silence que le réalisateur revient avec Conspiracy, un thriller d’action et d’espionnage dénonciateur.

Marchant sur les traces du film Salt de Philip Noyce et quelques mois avant Atomic Blonde de David Leitch, Conspiracy met en scène une femme, agent en retrait de la CIA, basée à Londres, qui se retrouve pris au piège dans une machination mêlant politique et attentat. Construit de façon classique, Conspiracy pose des bases attendues avant de tisser son intrigue, certes, linéaires mais entraînantes. En effet, si le film de Michael Apted ne propose rien de renversant en terme de mise en scène, c’est son scénario et le message à peine voilé qui a su capter mon intérêt. Au-delà du choix d’une héroïne féminine, le film dépeint un personnage en perte de confiance après un drame passé qui la hante. Entre manipulations, doutes et survie, Michael Apted permet à l’héroïne de redécouvrir ses capacités tout en levant le voile sur les ennemis qui s’accumulent sur son chemin, au cours de rebondissements musclés rehaussés par beaucoup d’action et de castagne. Conspiracy se veut haletant, musclé et tendu, s’attachant à cocher les cases pour faire de son personnage un soldat auquel on peut croire, à l’instar d’un Jason Bourne ou autre James Bond.

Derrière une course contre la montre pour déjouer un attentat biochimique, Conspiracy scrute une lutte de pouvoirs inquiétants qui lient les gouvernements aux agissements terroristes. Le discours est actuel, faisant écho aux nombreuses théories de complots qui pullulent depuis les événements du 11 septembre 2001, arguant le fait que les services secrets américains étaient au courant et ont laissés faire. Un traitement habile qui permet d’éviter les sujets qui fâchent, car même si le film propose des cibles faciles, il ne tombe pas dans la facilité en montrant du doigt des cibles faciles qui pourraient faire grincer des dents. Et si l’ennemi public n’était pas celui qu’on nous montre ? À travers un divertissement efficace, Conspiracy soulève de nombreuses questions concernant notre époque et même si le film évolue dans un univers fictifs, son accroche avec la réalité rend l’histoire plutôt solide et prenant. D’ailleurs, Michael Apted choisit d’évoquer le complot sans pour autant prendre partie et garde le curseur pointé sur son héroïne pris au piège.

Mais c’est aussi là que le bat blesse : si je salue l’ambition du réalisateur de faire un thriller d’espionnage au féminin, le traitement reste si sommaire que son héroïne aurait pu tout aussi bien pu être un homme, une femme… ou un robot. Conspiracy dresse un tableau minimal qui se nourrit de façon instantanée, avec les informations qui se découvrent au détour de chaque scène, mais cela n’est finalement pas suffisant pour humaniser une héroïne malgré tout distante et froide. Résultat, à force de rester constamment en surface, le film ne creuse ni son personnage, ni sa théorie qu’il noie dans des événements fictifs. Un manque d’ambition et de prise de risque qui laissent Conspiracy assez creux. Ajoutons à cela une mise en scène plutôt classique et attendue, Conspiracy arrive à être prenant, sans être véritablement convaincant voire mémorable. Divertissement agréable, le film coche toutes les bonnes cases pour remplir son contrat mais doit finalement beaucoup à son caractère dénonciateur, qui fait tristement écho à l’actualité.

Au casting : Noomi Rapace (Enfant 44, Quand Vient La Nuit…) joue les « action heros », convaincante mais toujours très froide et donc peu attachante. Autour d’elle, Toni Collette est quand même plus crédible que dans xXx: Reactivated mais méritait tout de même mieux, tandis que le film étale une distribution alléchante mais pâlement utilisée : Orlando Bloom (Pirates des Caraïbes, Zulu…) sonne faux, Michael Douglas (Ant-Man, Last Vegas…) cabotine légèrement et John Malkovich (Zoolander 2…) est égal à lui-même, quasiment dans son propre rôle comme beaucoup de ces acteurs qui n’ont plus rien à prouver et qui s’amusent pour passer le temps.

En conclusion, Conspiracy s’offre un ensemble alléchant pour tisser un film à la trame classique mais somme toute efficace. Le divertissement est attendu et plaisant, c’est surtout l’intrigue très actuelle qui vaut le détour et projette une lumière plus intéressante à l’ensemble. À tenter.

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2 réflexions sur “[CRITIQUE] Conspiracy, de Michael Apted

    • meh, c’est pas faux. En même temps, on est tellement rôdé à ce genre de film : on sait déjà qu’on peut faire confiance à personne, donc j’attendais juste de voir qui était le traitre ultime et puis voilà. Mais le propos relève un peu l’ensemble.

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