[CRITIQUE] Brimstone, de Martin Koolhoven

Le pitch : Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

Le cinéma, c’est comme pour tout : il en faut pour tous les goûts. Ce que certains vont considérer comme un chef d’œuvre, d’autres y verront un navet sans intérêt et vice-versa. Si généralement j’essaie de rester objective quand je n’aime pas un film, ce coup-ci je vais trancher dans le vif : je pense qu’il faut sincèrement avoir un esprit un peu malade pour trouver le film de Martin Koolhoven remarquable, parce que Brimstone est un film pervers, tordu et dangereux, déguisé en western classieux au traitement joyeusement pompé sur le style de Quentin Tarantino (le génie narratif et le talent de mise en scène en moins).

Réalisateur obscure néerlandais, le dernier film de Martin Koolhoven a su se faire remarquer avant sa sortie française, en étant sélectionné pour la prestigieuse Mostra de Venise en 2016. Même si Brimstone en est ressorti bredouille, il a su se faire remarquer, vendu comme un western noir et *tousse* *s’étouffe* féministe (sûrement les mêmes qui pensent qu’une Beyoncé à moitié à poil et vantant les mérites de la soumission conjugale est une artiste féministe hahaha – autre débat) !

À force d’entendre tout et son contraire, je me suis finalement décidée à y jeter un œil et le film que j’ai découvert m’a tout bonnement consternée.
Sous ses atours de thriller revanchard, Brimstone est surtout une pathétique excuse pour un petit homme d’exprimer sa haine envers les femmes (les blondes de préférence). Pendant deux heures et demie, Brimstone s’attache scrupuleusement à faire de tous ses personnages féminins – femme, jeune fille et même enfant – ses jouets de tortures : violences physiques et mentales, viols, tortures, meurtres… Dans Brimstone, les femmes sont des simples objets sans valeur dont les hommes peuvent abuser en tout impunité. Et c’est tout, en fait. 

Alors oui, OK, il faut prendre en compte le contexte social : le film se déroulant en fin du 19ème siècle, on est bien loin de l’égalité des sexes, de la libération féminine et des mœurs d’aujourd’hui. Mais il y a une différence entre s’approprier une époque pour narrer une histoire sordide et le fait de se complaire dans la violence faite aux femmes avec un plaisir assez malsain à peine dissimulé. Si je peux éventuellement me marrer devant un film comme I Spit On Your Grave qui répond au sous-genre décrié « Rape and Revenge », c’est quand il y a un certain équilibre entre ce que le personnage principal subit et la fameuse vengeance espérée. Ici, Martin Koolhoven s’acharne avec sadisme et chaque chapitre de son film ne fait qu’ancrer un certain malaise assez glauque autour des personnages qu’il maltraite à l’envi sans véritable justification. Qu’elles soient innocentes, soumises ou prostituées, Brimstone violente chaque personnage féminin sans exception, les rabaissant à un statut d’objet sexuel ou, rarement, d’utérus sur pattes, avec une injustice révoltante et une absence d’ambition autre choquante. Si seulement le vent tournait à un moment donné pour inverser la vapeur et venir en aide à son personnage principale, on pourrait alors considérer que Brimstone avait quelque chose à dire sur la force morale de ses personnages ou même l’injustice d’une époque horrible… mais non. Martin Koolhoven continue son petit jeu haineux, qu’il tente grossièrement de camoufler dans un western monté à la truelle, découpé en chapitre désordonné pour nous faire croire à une inspiration Tarantinesque bon marché, mais en réalité Brimstone n’est qu’un étalage de fantasmes pervers et malsain qui n’a absolument rien à voire avec du cinéma de genre. Et si la vraie vengeance avait finalement lieu derrière la caméra ? Il n’y aurait pas des relents nauséabonds de frustration (sexuelle, évidemment) derrière ce pamphlet abject ? 

Globalement, j’ai trouvé ce film particulièrement révoltant et choquant, et pourtant j’en ai vu des films pas vraiment recommandables et complètement (et certains que j’aimerai bien définitivement oublier), mais ces films là sont des séries Z perdues au fin fond des bacs ou du web qu’on ne découvret qu’à travers des cercles précis (non ce n’est pas du porno 😂) et, contrairement à Brimstone, ces films ne cherchent pas à se faire passer pour autre chose. Ce qui est le plus inquiétant finalement, ce sont les éloges autour du film. Brimstone, un film féministe ? Un film ou une gamine tente d’échapper à un homme beaucoup trop vieux qui en veut à ses fesses parce que sa femme est dégoutée/effrayée par lui, avant d’être muselée comme un animal ? Qui se retrouve vendue dans un bordel, forcée à se prostituer et à voir ses collègues se faire abuser, mutiler ou tuer si jamais elles tentent de se défendre quand un des clients abusent d’elles ? Un film féministe parce qu’elle se soumait malgré tout en s’auto-mutilant et en serrant les dents ? Féministe parce qu’au bout de 2 heures de violence en tout genre, elle obtient 10 pauvres minutes de revanche pauvrette avant de connaître une fin tragique ??? Et oui car le film n’offre même pas ça à son personnage qu’il balotte sans répit d’un homme frustré à un autre !
Quel est donc l’esprit malade (ou impuissant, allez savoir…) qui se cache derrière un film aussi honteux, où l’idée de s’acharner sur des femmes ou des enfants semble être une base intéressante pour un film ? La vérité, c’est qu’au bout d’un compte, Brimstone n’a rien à proposer : ni vainqueur, ni justice, ni morale, seulement du voyeurisme malsain et dangereux qui n’existe uniquement que pour choquer dans les chaumières ou exciter l’appauvri du bulbe ! Il y en a des films, plein, qui sexualisent et objectifient les femmes ouvertement, je ne dis pas le contraire, mais ce qui dérange ici c’est la surdose malsaine, injustifiée et visiblement taillé pour assouvir un plaisir déplacé qui n’a rien à faire dans une salle de cinéma grand public. Même en étant interdit aux moins de 16 ans.

Au casting : dans le famille Fanning, heureusement qu’on peut compter sur la plus jeune, Elle, car Dakota (American Pastoral, Very Good Girls…) semble avoir perdu le nord (*badum pshhh* Dakota du Nord, huhuhu…). Muette ou pas, l’actrice semble avoir oublier de puis longtemps sa capacité à transmettre des émotions avec son visage et le semblant de talent qui l’avait érigé au statut de jeune prodige à ses débuts. Quel gâchis.
À ses cotés, Guy Pearce (Alien: Covenant, Genius, Iron Man 3…) joue les sadiques de services et se contente de faire le job sans véritable relief : entre l’écriture d’un personnage aussi détestable et sa performance convaincante, difficile d’apprécier le résultat.
Parmi les têtes d’affiches, deux acteurs de Game of Thrones font de la figuration, Kit Harington (Mémoires de Jeunesse…) et Carice Van Houten (Le Cinquième Pouvoir…), tandis qu’Emilia Jones (Doctor Who…), Carla Juri (Paula…) et Vera Vitali ont, espérons-le, empoché un cachet bien mérité, tandis que les rares autres mâles du film, Paul Anderson (Au Cœur de l’Océan…) ou William Houston (La Danseuse…), disparaissent dans une narration tricotée par un scénariste précoce et trop pressé d’en mettre plein la tronche à ses personnages féminins pour s’intéresser à eux.
Enfin, je me pose des questions sur les parents de la jeune Ivy George (Big Little Lies…) : il n’y avait donc personne pour lire son script ? Jusqu’à quel point doit-on laisser son enfant poursuivre ses rêves de cinéma, exactement ??? (pour info, la petite se fait gentiment fouetter jusqu’au sang, par pur sadisme, évidement)

En conclusion, j’ai probablement spoilé Brimstone ça et là dans cette critique, mais pourquoi prendre des gants avec un film aussi minable. Interdit au moins de 16 ans pour de bonnes raisons, le film de Martin Koolhoven n’aurait tout simplement pas du voir le jour et rester ce qu’il est : le fantasme glauque d’un mec qui devrait se faire soigner. Ou garder ça pour lui. À éviter.

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