[CRITIQUE] Baywatch – Alerte à Malibu, de Seth Gordon

Le pitch : Le légendaire sauveteur Mitch Buchannon  est contraint de s’associer à une nouvelle recrue, Matt Brody, aussi ambitieux que tête brûlée ! Ensemble, ils vont tenter de déjouer un complot criminel qui menace l’avenir de la Baie…

La plage, le sable chaud, les sauveteurs en maillots de bain rouge, la bouée, l’océan et ses dangers… De 1975 à 1987, la saga Les Dents de la Mer avait fini par nous faire redouter la moindre baignade pour cause de requins gloutons. Peu de temps après, coïncidence ou pas, la série Alerte à Malibu est parvenue à réconcilier son public avec l’idée d’un petit plongeon innocent, pourvu que David Hasselhoff et Pamela Anderson veillent sur eux !
Lancée en 1989, pendant près de 10 ans, la série Alerte à Malibu (Baywatch en VO) est devenue une série culte que je regardais avec plaisir quand j’étais gamine, bercée par les dangers qu’affrontaient les sauveteurs, entre les requins blancs et les criminels de tout poils, tout en sauvant des vies (ahhh ces démonstrations de massage cardiaque ont animé tellement de récréations !). Et puis, beaucoup plus tard (notamment à cause de la série Friends, n’est-ce pas), j’ai compris que j’étais à coté de la plaque : le véritable atout de la série, c’était ces actrices, ou ex-playmates, en maillot de bain échancré qui courraient constamment en slow-motion sur la plage, non pas pour souligner les rebondissements et l’action (comme je le pensais sottement à l’époque) mais plutôt pour souligner… les rebondissements… tout court ! Si le sex-appeal de Pamela Anderson, Carmen Electra et autre Yasmine Bleeth me laisse totalement indifférente (j’avoue que même David Charvet ne me faisait aucun effet non plus…), les fans de la série en redemandait. Du coup, le coté ultra romancé et tiré par les cheveux d’Alerte à Malibu avait l’effet d’un running gag pratique mais accepté (parce qu’à ce moment là, on avait pas Les Experts et compagnie pour nous raconter la « vraie » vie de la police américaine… hahaha) pour faire durer la série.
Et puis le vent a tourné, et même son spin-off, Alerte à Hawaï, a à peine survécu 2 saisons.

16 ans plus tard, après les cartons d’adaptations de séries télé au cinéma tel que 21 et 22 Jumpstreet ou même Mission: Impossible (!), Hollywood s’est penché dans son tiroir intitulé « je n’ai aucune inspiration mais je veux me faire du fric » et s’est dit qu’Alerte à Malibu ferait un bon nanar film. Bon, pourquoi pas. Porté par le trèfle à quatre feuilles des blockbusters, Dwayne Johnson, et l’habitué des comédies potaches et estivales, Zac Efron, Baywatch – Alerte à Malibu débarque avec une ambition non dissimulée de viser la comédie d’action gonflée à bloc, entre humour bas de plafond et self-awareness assumé.
Sur le papier, l’idée est fun : les films de ce genre, en été, c’est toujours sympathique et idéal pour se vider la tête. En pratique, c’est un peu la cata.

Réalisé par Seth Gordon et écrit à quatre pieds, pardon, quatre mains, Baywatch – Alerte à Malibu semble bien démarrer. De l’apparition originale et massive du titre du film jusqu’à la rencontre entre les deux acteurs principaux, le film installe son ambiance légère, des répliques qui fusent dans tous les sens et une tonalité régressive sympathique. Mais très rapidement, le film perd de son esbroufe. Au-delà de l’alignement des personnages hyper attendus et clichés, Seth Gordon ne parvient plus à se renouveler et ce, très tôt dans l’intrigue. Tel un canard que l’on gave à l’approche des fêtes, le scénario de Baywatch – Alerte à Malibu est un embouteillage grossier de blagues sous la ceinture, de second degré rabâchant des références à la pop culture adolescente et d’interactions si caricaturales qu’elles en deviennent risibles. Certes, j’ai ricané quelques fois, le film fait vraiment des efforts pour amuser la galerie, mais cela devient rapidement lourdingue et même souvent gênant tant l’ensemble est prévisible, sans pour autant réellement fonctionner. En voulant absolument faire de Baywatch – Alerte à Malibu un film classé R, le film patauge allègrement dans l’humour ultra puéril et moyennement vulgos, sans vraiment trop assumé son intention car, n’oublions pas, cela doit rester un film tout public (peu ou pas de sang, de la violence spectacle, pas de sexe, donc). Même les maillots de bain sont moins échancrés et les boobs ont une taille normale – un comble pour Alerte à Malibu ! Du coup, le film se rattrape sur des répliques criblées de « fuck » à tous les étages pour pouvoir entrer dans la catégorie tant souhaitée. Y a même pas une petite scène de bouche-à-bouche pour éduquer le public au passage ! Sic.

Globalement, Baywatch – Alerte à Malibu entre parfaitement dans la catégorie des blockbusters d’été que l’on va voir pour se marrer et penser à rien. Il faut bien être indulgent sur le scénario et l’écriture des personnages… D’accord. Mais finalement, Seth Gordon et les QUATRE (4) scénaristes ont eu la main très lourde quand il a fallu dégrossir l’intrigue. Je peux fermer les yeux sur les relations entre les personnages, superficielles au possible (bien que celle entre Kelly Rohrbach, la bombe blonde, et Jon Bass, le supposé gros geek, soit finalement la plus sympathique…), mais une fois entrée dans le vif du sujet, c’est la débandade. En voulant pointer du doigt le manque de crédibilité de la série qui mettait en avant des sauveteurs qui résolvaient des enquêtes criminelles tous seuls, le film tombe dans son propre piège en reproduisant le même schéma, anéantissant toute la volonté moqueuse tentée au début, pour boucler un final festif, glorieux et, comment dire, stupide (en réalité, rien n’est vraiment résolu…). Sauf qu’au passage, non seulement le film perd toute crédibilité, mais en plus il finit par se mordre la queue, en bâclant joyeusement sa conclusion et en balayant sous un tapis hollywoodien les restes de l’imagination anémique des scénaristes.

Pour couronner le tout, Baywatch – Alerte à Malibu pique les yeux. Le montage est fait à coup de marteau, abrupt et instable, les scènes sont coupées à coup de truelle rouillée et les effets spéciaux n’ont rien à envier à la série des années 90. Seth Rogen tente de noyer le fouillis dans un ensemble hyper colorée à tendance hystérique, mais nos yeux n’échapperont pas au fond vert dégueulasse et aux contours floutés pour masquer l’approximation de l’assemblage des prises de vues au numérique. Atroce.
Et enfin, puisqu’il s’agit d’une adaptation de série télé, Baywatch – Alerte à Malibu fait bien entendu des appels du pied à ses origines, avec une maladresse rarement vue et incroyablement peu subtile : des noms des personnages (qui reprennent ceux des personnages phares de la séries) jusqu’aux caméos tous simplement embarrassants, Seth Gordon n’en finit plus de saccager la série culte.

Au casting : à force de squatter les franchises, Dwayne Johnson (Ballers, Fast and Furious 8, Vaiana…) semble avoir atteint ses limites. Si d’habitude j’aime le personnage assumé de cet ancien catcheur devenu acteur, cette fois ça ne fonctionne pas vraiment. Son sourire ne suffira pas à illuminer la bassesse de l’écriture de son personnage et de ses répliques, et ce n’est pas son entourage qui relèvera le niveau. À ses cotés, Zac Efron (Hors Contrôle, Nos Pires Voisins 2, Dirty Papy…) retrouve son alter-ego de beau mec avec une attitude, déjà vue et peu effective (chacun ses goûts), tandis que les personnages secondaires gravitent autour de ce duo improbable.
Alexandra Daddario (San Andreas, Percy Jackson : La Mer des Monstres…) incarne le charisme du poulpe avec brio, Ilfenesh Hadera (Chicago Fire, Billions…) joue merveilleusement bien la plante verte, Yahya Abdul-Mateen II (The Get Down…) excelle en minorité représentative mais moquée au passage. Certains acteurs s’en sortent mieux, mais sont finalement desservis par l’écriture de leurs personnages, comme Priyanka Chopra (Quantico…) qui ferait effectivement une bonne méchante dans un James Bond, Kelly Rohrbach (Cafe Society, Broad City…) est aussi attachante que sublime et Jon Bass (Loving, Girls…), à défaut d’être crédible en sauveteur, reste sympathique à découvrir.

En conclusion, Baywatch – Alerte à Malibu arrive à point nommé pour lancer les films d’été avec une comédie d’action survoltée, idéale pour passer le temps et réfléchir à ses prochaines vacances, au sens de la vie, à sa liste de course, aux différents crustacés jamais goûtés, à situation politique en Ethiopie ou au fait que la poule est probablement arrivée avant l’œuf, finalement. Oui, c’est pas terrible, en fait. À éviter tester, parce que je sais que vous le ferez malgré tout, hin, vous êtes des fifous tous 😉

PS : il y a un bêtisier dans le générique et une scène bonus terrifiante à la fin… ouverte !!!!

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Une réflexion sur “[CRITIQUE] Baywatch – Alerte à Malibu, de Seth Gordon

  1. Ahaha je regardais aussi cette grosse merde de série (ahaha c’était toujours les mêmes « scénarios », du genre des jeunes bourrés sur un bateau, un con qui se noie, Pamela en action au ralenti). Pour rigoler, chez moi, je regarderai quand même le film même si ça a l’air très crétin (effectivement 4 scénaristes, ça étonné !)

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