[CRITIQUE] Everything, Everything, de Stella Meghie

Jolie fable estivale et adolescente, Everything, Everything propose une histoire d’amour aux ficelles classiques, mais agréable et parfaitement calibrée pour le public visé. Stella Meghie fait un mélange de musique moderne, de personnages clichés et de décors à la fois uniformes, confortable et dépaysant, le tout vise suffisamment large pour ne laisser personne sur le carreau. Le seul problème, c’est que Everything, Everything fleure bon le réchauffé et le calibrage est bien trop adolescent et naïf pour être réellement appréciable… si on a passé l’âge. N’est pas Nos Étoiles Contraires qui veut !
Saluons au passage qu’il s’agit d’un film tout public qui met en avant un couple mixte. C’est peut-être un détail pour vous, mais… 😉

Le pitch : Que feriez-vous si vous ne pouviez plus sortir de chez vous ? Ni respirer l’air pur de la mer, ni sentir la chaleur du soleil sur votre visage… ni même embrasser le garçon qui vit à côté de chez vous ? Everything, Everything raconte l’histoire d’amour insolite entre Maddy, adolescente futée, curieuse et inventive, et son voisin Olly. Car même si la jeune fille de 18 ans souffre d’une maladie l’empêchant de quitter l’environnement confiné de sa maison, le garçon refuse que ces circonstances n’entravent leur idylle. Maddy n’aspire qu’à sortir de chez elle et à découvrir le monde extérieur et à goûter à ses premiers émois amoureux. Alors qu’ils ne se voient qu’à travers la fenêtre et ne se parlent que par SMS, Maddy et Olly nouent une relation très forte qui les pousse à braver le danger pour être ensemble… même s’ils risquent de tout perdre.

Si je vous racontais l’histoire d’une jeune femme gravement malade, qui vous dit d’emblée qu’elle pourrait mourir à tout moment, qui vit isolée avec une mère très présente et inquiète, qui s’évade dans les bouquins et attend le lendemain sans véritable surprise… jusqu’au jour où un jeune garçon, un peu atypique chamboule sa vie et son coeur. Et si elle osait profiter du temps qui lui reste avec celui qu’elle aime, quitte à tout perdre ?
Cela vous rappelle quelque chose ? C’est normal !

3 ans après le super carton du très réussi Nos Étoiles Contraires de Josh Boone, il y en a eu plusieurs tentatives de reproduire l’essai, que ce soit en liant de très près les premières amours adolescentes + la mort (Si Je Reste, 2014) ou – autre sujet favori – le combo premières amours adolescentes + mal-être mélancolie (La Face Cachée de Margo, 2015), sans jamais véritablement trouver la bonne recette ou le bon best-seller à adapter.
C’est alors que se pointe le livre Everything, Everything de Nicola Yoon, publié en 2015 (ahem… no comment) et semble être l’occasion rêvée de proposer un autre film où la noirceur de la mort et l’innocence de l’adolescence peuvent cohabiter en harmonie. Personnellement, malgré mon grand âge, je reste friande ce genre de films romantico-adolescents qui font toujours écho à des histoires personnelles et/ou accessibles – la dimension dramatique pour cause de mort potentiellement imminente en moins. Et après Nos Étoiles Contraires que je suis allée en pensant que je n’allais pas aimé, j’ai préféré laisser une chance au film de m’attendrir.

Soyons honnêtes, l’inspiration pour Everything, Everything n’est pas allée chercher très loin, donc partons du principe que le rapprochement avec le film de Josh Boone est un acquis pour se pencher sur le résultat final. Après un premier film indépendant en 2016, Stella Meghie se lance dans l’adaptation du roman best-seller de Nicola Yoon qui possède, dès les premières minutes, tous les ingrédients idéaux pour créer une romance adolescente et sucrée. Tout est mignon et lisse dans ce film qui ne laisse quasiment pas de place à la surprise, de l’héroïne qui narre son histoire avec optimisme encourageant (malgré sa maladie) jusqu’aux tableaux aux couleurs harmonieuses et à l’effet volontairement rassurant et enveloppant. Everything, Everything s’enveloppe d’un cocon généraliste et un poil aseptisé, permettant à son public de s’immerger dans son univers, par envie ou par association. Dans cette bulle ouatée et confortable, Stella Meghie coche un cahier des charges précis et calibré grâce auquel on adhère sans effort à ce récit finalement sympathique – bien que la maladie de l’héroïne semble un peu capillotractée.

Cependant, à force de cocher les cases attendues, Everything, Everything s’enlise dans une mièvrerie profonde qui peine à émouvoir de façon authentique et sincère. Si l’ensemble est plein de bons sentiments, le scénario reste toutefois en surface et repose bien trop sur le potentiel sucré de ses personnages : elle, idéaliste et rêveuse malgré sa maladie qui l’isole du reste du monde ; lui, un peu dark mais pas trop et un look de rebelle gentil justifié par une vie de famille chaotique pour attendrir. Alors qu’ils se tournent autour, Stella Meghie tente quelques effets de styles peu assumés pour dynamiser un film qui repose beaucoup sur des échanges par texto. Seulement, la réalisatrice démarre un essai qu’elle abandonne brusquement en cours de route (le décalage des rencontres imaginaires avec la sonnerie des SMS reçus, le sous-titrage à la Bridget Jones qui n’apporte rien à la semoule…) pour faire vivre la première partie d’un film qui a tendance à lambiner avant de passer à la vitesse supérieure.
Si la seconde partie se veut plus dynamique, l’approche caricaturale de l’histoire d’Everything, Everything m’a laissé de marbre : je n’ai pas été embarquée, même avec les décors paradisiaques d’Hawaï, pire j’ai commencé à relever toutes les incohérences et les illogismes qui rendraient cette aventure impossible dans le monde réel (je veux bien que les cartes de crédit soient faciles à avoir aux US, mais quand même…). Stella Meghie a beau empiler les clichés sur un plateau en argent, Everything, Everything se révèle finalement laborieux et l’absence de maturité et d’identité de l’histoire font défaut à un ensemble très superficiel et contemplatif.

Là où Nos Étoiles Contraires était parvenu à surprendre et à émouvoir, pas uniquement à cause de la maladie grave mais surtout grâce au « twist » final et à la dimension à la fois touchante et dramatique du film, Everything, Everything reste ultra linéaire, classique et prévisible. Entre la maladie obscure de l’héroïne, la bleuette sans saveur et un besoin d’émancipation logique, il ne reste finalement que deux personnages tout juste attendrissants pour sauver le film qui d’ailleurs met toutes ses billes sur ses héros afin de les rendre les plus aimables possibles.

Justement au casting, Amandla Stenberg (Rue dans Hunger Games…) et Nick Robinson (La 5ème Vague, Jurassic World…) forment un duo attendrissant, à la fois caricatural et uniforme pour séduire à large échelle. Autour d’eux, Anika Noni Rose (Power, Dreamgirls…) et Ana de la Reguera (Narcos…) tentent d’animer un paysage secondaire un peu inexistant.

En conclusion, si le public visé (les ados, donc) répondra présent face à ce Everything, Everything adolescent, mignonnet et sucré, il manque néanmoins une véritable impulsion dramatique et pas mal de profondeur et de réalisme pour séduire un public plus vieux âgé mature, dirons-nous. À tenter, si c’est vraiment votre came ^^

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