[COUP DE CŒUR] The Last Girl – Celle qui a tous les dons, de Colm McCarthy

The Last Girl – Celle qui a tous les dons est une petite pépite inattendue comme seuls les Britishs ont le secret. Colm McCarthy propose un thriller horrifique novateur, réinventant le film de zombies entre constat amer sur le monde moderne et ambition destructrice pour mieux reconstruire. À la fois violent, touchant et décalé, The Last Girl – Celle qui a tous les dons a surtout celui de rester en tête et d’oser sortir des sentiers battus. Génial !

Le pitch : Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène « zombie » qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions. Lorsque la base est attaquée, Melanie, qui semble être la plus surdouée d’entre eux, réussit à s’échapper en compagnie de son professeur, de deux soldats et d’une biologiste qui ne voit en elle qu’un cobaye indispensable à la découverte d’un vaccin. Dans une Angleterre dévastée, Melanie doit découvrir qui elle est vraiment et décider ainsi de son propre sort comme celui de l’humanité tout entière.

Sorti en Angleterre depuis fin 2016, cela fait bien un an que j’avais ce film dans le collimateur depuis que j’avais vu la bande-annonce par hasard. The Last girl – Celle qui a tous les dons a surtout attiré mon attention grâce à son approche différente du film de zombies qui semblait vouloir s’émanciper du traitement épileptique et rodé depuis trop longtemps.
Autant vous dire que le résultat ne m’a pas déçue.

Après s’être fait la main sur de nombreuses séries télé, dont Peaky Blinders saison 2, Colm McCarthy adapte le roman de M.R. Carey, qui, à l’image de livres tels que Je suis Une Légende (écrit par Richard Matheson, réalisé par Francis Lawrence) ou encore World War Z (écrit par Max Brooks, réalisé par Marc Forster), utilise le genre horrifique pour théoriser sur des problématiques plus concrètes (sociétales, humaines, politiques…), ce qui, finalement, était le but initial de George A. Romero à l’époque.
Dès les premières minutes, The Last Girl se démarque du lot : centré sur son héroïne, le film nous fait découvrir un personnage hyper attachant qui détonne avec la dureté de son univers militaire et la réalité de ce qu’elle est vraiment. Lentement mais sûrement, Colm McCarthy dévoile l’univers sombre et inhumain qui entoure les personnages, qu’ils soient sujets, témoins ou commanditaires d’expériences scientifiques. En prenant le mythe du zombie à contre-sens, The Last Girl crée un personnage sensible qui suscite l’empathie dès le départ, ce qui contraste avec une mise en place déjà dure à accepter quand on voit comment des enfants sont traités. Et oui, car derrière une introduction froide et millimétrée, le film propose déjà une inquiétante alors que la vérité se révèle petit à petit, transformant des personnages aux apparences innocentes en monstres assoiffées de chair humaine. Colm McCarthy nous immerge dans une ambiance étouffante, avant de tout remettre en question à travers un twist saisissant. Dès lors que Colm McCarthy s’engage dans un survival dangereux, il élargit son discours pour observer ses personnages livrés à eux-même dans un monde désœuvré, retourné à l’état sauvage et hanté par une humanité en fin de cycle, mais déterminée à perdurer coûte que coûte.

C’est en filigrane que The Last Girl amène son constat, observant d’un coté l’évolution des interactions entre l’héroïne et son entourage, entre crainte et instinct protecteur, tandis que de l’autre, le film dresse un tableau austère mais effroyablement accessible d’une humanité déchue qui paie pour ses propres erreurs. Colm McCarthy parvient brillamment à tirer toutes les ficelles de son intrigue, jonglant habilement entre l’horreur, l’humour et le drame quasi-familial, qui viennent étoffer une trame fascinante et tendue. Le film puise intelligemment dans le ressort classique du genre (les traversées de hordes digne d’un bon – mais de plus en plus rare – épisode de The Walking Dead), donne du cœur à un personnage à l’origine effrayant grâce à son caractère enfantin, mais propose une véritable réflexion sur le genre humain, où plutôt ce qu’il en reste, et son avenir. S’il évolue dans un univers désespéré et noir, The Last Girl ose un message d’espoir et de tolérance aussi rafraîchissant qu’étonnant, dans une volonté presque anarchiste d’entrevoir un lendemain… différent. 

C’est rare de voir un film dit d’horreur proposer quelque chose d’intelligent, qui va au-delà de la simple envie de faire peur.  Focalisée sur une ambiance pleine de contraste, The Last Girl va plus loin et refuse les écueils habituels réservés aux histoires de zombie en brouillant la frontière entre le bien et le mal pour mieux mettre en abîme le caractère humain (ou non) de ses personnages. Certes l’ensemble est imparfait et frôle parfois le ridicule de très près avec des scènes caricaturales et tout simplement perchées, mais Colm McCarthy justifie habilement chacune de ses approches et le film est suffisamment convaincant pour ne jamais perdre le spectateur en cours de route (même quand une bande de gamins rejoue le face à face final entre Simba et Scar !).
Car c’est aussi la force du film : bien qu’il s’émancipe souvent du film d’horreur, The Last Girl n’oublie jamais ses origines horrifiques et tisse une trame tendue, souvent décalée, mais bel et bien sanglante. Colm McCarthy soigne sa mise en scène, qu’il maîtrise de bout en bout, dans une photographie à la lumière naturelle, qui colle parfaitement à cet univers post-apocalyptique opaque et dangereux. Pourtant, ce ne sont pas les quelques scènes de flippes ou d’action qui sont à retenir : The Last Girl ne se repose pas uniquement sur son présent condamné et tente un discours presque anarchiste, où la destruction et la sauvagerie seraient finalement la clé d’un renouveau aussi bien sociétal qu’écologique. Derrière l’horreur, Colm McCarthy pointe du doigt le monde moderne et les méfaits de la science qui finira, tôt ou tard par fâcher Dame Nature…

Au casting, malgré un budget minime pour un tel film, Colm McCarthy s’entoure d’un ensemble remarquable : Gemma Arterton (L’Histoire de l’Amour, The Voices…) me prouve qu’elle est autre chose qu’un physique, bien que son rôle soit tout de même un peu fade, Paddy Considine (MacBeth, Pride…) et Glenn Close (Les Gardiens de la Galaxie, La Femme du Diplomate…) sont géniaux, tandis que Fisayo Akinade (Banana, Cucumber…) est une découverte sympathique. Mais la vraie star du film est bien évidemment Sennia Nanua, dont c’est le premier film, qui se révèle excellente, aussi touchante que convaincante dans son rôle.

En conclusion, The Last Girl – Celle qui a tous les dons se révèle être une excellente surprise originale et intelligente, que Colm McCarthy adapte avec brio en revisitant le film de zombie. Entre désespoirs et frissons, The Last Girl balaye les codes et pose, à travers le regard d’une enfant pas comme les autres, une réflexion aboutie et intéressante sur l’humain et la société d’aujourd’hui entre deux morsures bien infectées. Et si la solution était ailleurs ? À voir !

Publicités

Une réflexion sur “[COUP DE CŒUR] The Last Girl – Celle qui a tous les dons, de Colm McCarthy

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s