[COUP DE CŒUR] La Planète des Singes – Suprématie, de Matt Reeves

Puissant et bouleversant, Matt Reeves signe une conclusion parfaite à une saga débutée il y a six ans déja. À mi-chemin entre le blockbuster et le véritable récit, La Planète des Singes : Suprématie propose un film nerveux et haletant, basé du point de vue des singes. En mettant l’humain au second plan, Matt Reeves réalise une prouesse à la fois narrative et technique, mêlant un visuel époustouflant à une tension immersive, entre rebondissements et émotions brutes, tandis que la différence entre l’homme et l’animal n’a jamais été aussi ténue et explosive. La Planète des Singes ne sera plus jamais la même…

Le pitch : Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

Étonnamment, à chaque fois qu’un film La Planète des Singes approche je suis de moins en moins convaincue. Et puis après avoir vu le film, j’en ressors époustouflée. Le dernier opus de Matt Reeves ne fait pas exception ! Pourtant, en 2011, le film de Rupert Wyatt m’avait emballée bien avant la sortie, probablement à cause de son concept hyper attendu et une approche ultra linéaire transformant les singes en victime et les humains en méchant. Après La Planète des Singes : Les Origines, la prélogie semblait tout droit se diriger vers une narration sans surprise sur fond de guerre civile inter-espèces.
L’arrivée de Matt Reeves (Cloverfield, Let Me In…) a quelque peu chamboulé la donne. Alors que la fin du premier film teasait le virus simiesque, La Planète Des Singes – L’Affrontement éludait le sujet pour approfondir les relations chez les deux clans, à travers leurs liens et leurs différences. Ainsi, en deux films, la saga a lentement déplacé le curseur, en commençant du point de vue humain, avant un face-à-face épique durant le deuxième chapitre, jusqu’à l’arrivée de cette conclusion complètement tournée du point de vue des singes. Un aspect qui peut être déroutant à première vue et pourtant, dès les premières minutes, La Planète des Singes – Suprématie nous replonge dans son univers avec une aisance et une familiarité déconcertante, comme si le film précédent était encore chaud.

Le pari n’était pourtant pas gagné. Le film culte de Franklin J. Schaffner (1968) est marqué par une époque ségrégationniste et un propos qui a bien mal vieilli aujourd’hui. La nouvelle saga a une approche bien plus moderne, cherchant à créer un lien impossible en l’homme et le singe, en conflit malgré leurs ressemblances. Dans cette conclusion, Matt Reeves ne ferme son chapitre qu’à moitié, avec un parti pris assez osé : faire le film uniquement du point de vue animal, avec au centre un César plus intense que jamais. Alors que le film précédent a laissé des traces indélébiles, entre trahison et fossé insurmontable, La Planète des Singes – Suprématie s’éloigne des hommes mais certainement pas des émotions traversées, partagé entre la peur, le courage et la volonté de survivre malgré tout. Si l’humain est devenu un ennemie, le film ne manque pourtant pas d’humanité ! À travers César, leader incontesté des singes, Matt Reeves signe un film multiple, parfois engagé, mais surtout mu par une tension immersive et tenace, qui ne fait que s’intensifier à chaque rebondissement. Mêlant l’excitation fébrile du blockbuster et la noirceur profonde du drame psychologique, La Planète des Singes – Suprématie ne se contente pas d’une narration linéaire et scrute ses héros à travers ses twists dramatiques qu’il conjugue avec émotion et nervosité de façon viscérale. Si Matt Reeves a parfois recours à des détours attendus pour relancer ses personnages et que le scénario peut parfois accuser quelques lenteurs, la densité de la trame joue en sa faveur, rendant certains écueils certes prévisibles mais nécessaires.
En effet, alors qu’on aurait pu s’attendre à un film massif et blindé d’affrontements colossaux, Matt Reeves préfère miser sur une intrigue psychologique qui va cristalliser les derniers moments de la planète des hommes. À la fois brillant et bouleversant, La Planète des Singes – Suprématie réécrit le futur de la saga, avec une vision moins sectaire et étrangement plus plausible de cette fin d’humanité. Là où le film de 1968 sous-entendait une prise de pouvoir ou une victoire violente et vicieuse, les films de Matt Reeves mêle la réalité à la fiction en pointant du doigt l’Homme face à la nature sous toutes ses formes et dépeignant, en filigrane, un message alarmant sur un monde intolérant, politique et prêt à tout pour régner en maître. De plus, involontairement, l’intrigue du film prend une dimension bien plus singulière dans l’Amérique de Trump !

La Planète des Singes – Suprématie, c’est aussi une prouesse technique et visuellement géniale : nous avons beau savoir que ce sont des acteurs bien humains qui incarnent les singes, le résultat est tout bonnement remarquable. À l’instar de films comme Le Livre de la Jungle , plus destiné à vendre du rêve qu’autre chose, le film de Matt Reeves a un atout conséquent : il parvient à nous y faire croire, à créer de l’émotion et de l’empathie pour les singes, de Cesar au nouveau venu Bad Ape, en passant par des gorilles collabos et autres acolytes que nous suivons depuis le début, comme Maurice l’orang-outan. Il ne s’agit plus seulement de s’extasier devant des animaux plus vrais que natures : La Planète des Singes – Suprématie nous embarque du début à la fin, avec un réalisme accessible et souvent poignant, si bien qu’on s’attache au sort des personnages, qu’ils soient humains ou non.
Pour ce dernier opus, Matt Reeves nous bluffe. Je me demandais comment il allait pouvoir conclure la saga après avoir mis l’Affrontement en deuxième partie et pourtant le réalisateur sort des sentiers battus en proposant un film surprenant à la dureté finalement psychologique, largement influencé par des classiques de guerre comme Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) dont il ne retient que l’ambiance mordante, au lieu de la violence explicite. Entre fatalité et désespoir, Matt Reeves livre un dernier chapitre tout simplement puissant.

Au casting : il est grand temps qu’Andy Serkis (Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force, Avengers : L’Ère d’Ultron, Le Hobbit : Un voyage inattendu…) soit reconnu pour sa performance, son Cesar est majestueux et force le respect et l’admiration dès ses premières apparitions à l’écran, annihilant en quelques secondes le fait qu’il s’agit bien d’un être humain en pyjama gris sous les effets spéciaux. Karin Konoval (Sexy Dance 5: All in Vegas, Arrow, Bates Motel…) et Terry Notary (King Kong dans Kong: Skull Island, Warcraft : Le Commencement…), aka Maurice et Rocket, suivent ses traces tandis que Steve Zahn (Captain Fantastic, Dallas Buyers Club…) se prête au jeu, incarnant un Bad Ape touchant qui parvient à alléger de temps à autres une trame très lourde.
Coté humains, si Amiah Miller (Dans Le Noir…) est muette, sa fragilité apparente cristallise une humanité sur le déclin. La bonne surprise du film, c’est Woody Harrelson (Insaisissables 2, Hunger Games, True Detective…) qui est extraordinaire, parfois effrayant mais toujours impeccable, dans un rôle complexe et pourtant nécessaire.

En conclusion, Matt Reeves parvient à rendre une conclusion parfaite, non pas en se réfugiant dans l’action explosive comme n’importe quel blockbuster, mais en proposant un drame multiple, à la fois bouleversant et intense. La Planète des Singes – Suprématie offre des adieux superbes à une saga qui a su être épique à de nombreux niveaux, resituant le nerf de la guerre dans un face-à-face complexe entre deux espèces différentes et pourtant similaires. Si le film de Franklin J. Schaffner marquait les différences dans une version âpre et violente, celui de Matt Reeves accentue les ressemblances de ses personnages dans un tableau fataliste à l’issue déjà acquise et pourtant captivante, faisant de l’ensemble de la trilogie un constat amer sur le monde actuel et ses guerres de territoires reposant sur des fondements finalement peu solides. Probablement un des meilleurs films de l’été, voire de l’année. À voir absolument !

Une chose est sûre, c’est que La Planète des Singes telle que nous la connaissons est en pleine mutation – espérons que Matt Reeves a des projets pour continuer cette superbe aventure. C’est en tout cas ce qu’il laisse entendre à demi-mots… Affaire à suivre 🙂

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Une réflexion sur “[COUP DE CŒUR] La Planète des Singes – Suprématie, de Matt Reeves

  1. Je suis tellement contente de lire du positif (les chroniques de Dunno the movie sont en général un bon indicateur pour moi!). J’avais un peu peur que ce soit « le décevant ». Je risque de me laisser tenter par un voyage au cinéma s’il ne l’est pas 🙂

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