[CRITIQUE] I Wish – Faites Un Vœu, de John R. Leonetti

Dans la catégorie « films d’horreur », voici le dernier représentant dans les salles obscures : I Wish – Faites Un Vœu de John R. Leonetti. Principe fastoche des vœux qui tournent mal avec une pointe de vengeance karmique démoniaque, le film tente de percer à jour la superficialité adolescente dans un essai qui partait d’une bonne intention, mais qui se rate joliment en choisissant un parti pris complètement daté, stigmatisant une génération très clichée et, surtout, plus vraiment actuelle. Résultat, le traumatisme réside surtout dans l’écriture pauvrette du personnage principal et les références peu subtiles et peu assumées aux teen horror movies du début des années 2000 (Destination Finale). Difficile de sauver I Wish – Faites Un Vœu de sa catastrophe annoncée : jusqu’à la dernière minute, le film de John R. Leonetti se délite dans un scénario creux, habité par des personnages aussi caricaturaux que transparents. Prévisible, malheureusement, et surtout sans intérêt.

Le pitch : Pas facile de survivre à l’enfer du lycée, Claire Shannon et ses copines en savent quelque chose. Du coup, quand son père lui offre une ancienne boîte à musique dont les inscriptions promettent d’exaucer tous ses vœux, Claire tente sa chance. Et ça marche ! Argent, popularité, petit ami, tout semble parfait. Mais le rêve a un prix : au fur et à mesure de ses souhaits, des personnes de son entourage meurent dans des conditions particulièrement atroces. Claire le sait : elle doit se débarrasser de la boîte pour sauver sa vie et celle de ses proches avant de faire le vœu de trop.

Si le nom de John R. Leonetti ne vous parle pas, vous connaissez sans doute son avant-dernier film, Annabelle, sorti en 2014 (dont la suite arrivera le mois prochain sur nos écrans. Si sa carrière de directeur de photographie est ponctuée de films plutôt honorables (notamment aux cotés de James Wan ces dix dernières années), en tant que réalisateur, Leonetti se débat entre des sequelles passées inaperçues (Mortal Kombat 2, L’Effet Papillon 2, Le Successeur…) et le vague souvenir d’une série télé (Providence…). Avec Annabelle, il a pu marcher sur les traces de son dernier mentor (James Wan, donc) en dérivant l’histoire de la poupée maléfique découverte dans Conjuring : Les Dossiers Warren (2013), dans un film plutôt moyen mais tout de même sauvé par des petites pointes de frissons sympathiques.
I Wish – Faites Un Vœu est donc son premier film original qui, malgré un concept prévisible à souhait, signe sa première vision authentique et libre du genre horrifique. Forcément, quand on va voir ce genre de film, c’est en connaissance de cause et le manque de surprise coté intrigue est malheureusement un acquis auquel on est préparé (on se doute que ce n’est pas très malin de faire des vœux dans une boite bizarre, on est même là pour en voir les conséquences parce qu’on est des petits pervers). Par conséquent, la simplicité naïve de la trame n’est pas à juger. Le film ne perd donc pas de temps à installer son tableau, à travers une introduction rapide et pratique pour présenter sa jeune héroïne, développée entre le souvenir d’une mère suicidée, un père qui a un peu perdu pied et l’épuisant fardeau d’être parmi les losers du bahut.
Si la trame est sympathique de prime abord, elle manque à la fois de profondeur et d’intérêt, tant I Wish – Faites Un Vœu présente un décor obsolète qui représente une génération peu actuel. Certes, la quête de popularité, d’amourettes adolescentes et de « normalité » restent des notions intemporelles, mais le film passe à coté d’opportunités bien plus pertinentes en omettant, par exemple, l’existence des mondes virtuelles (internet, réseaux sociaux…) qui influencent le quotidien de nombreux ados. Du coup, dès le départ, le film reste en surface et très naïf quand il s’agit d’explorer les désirs de son héroïne,  si usés qu’ils en deviennent rapidement ridicules. Même s’il faut, par la force des choses, être de moins en moins exigeant sur les intrigues des films dits d’horreur, encore une fois I Wish – Faites Un Vœu nous force à faire preuve de beaucoup de tolérance pourvu que le frisson soit au rendez-vous… sauf que c’est bien trop en demander, apparemment ! Au-delà de son approche pseudo-horrifique, le film s’applique à narrer une intrigue tiédasse, empreinte de flirts entre ados et de vœux absurdes, qui ne fait que porter le focus sur la fragilité du scénario qui, jusqu’à la dernière minute, manque le moment de se rattraper en jetant son héroïne aux orties avec une fin bâclée.

En effet, John R. Leonetti ne remplit pas son contrat. Entre un manque flagrant d’originalité et d’assurance, I Wish – Faites Un Vœu oscille pathétiquement entre le jumpscare gratuit et inefficace (faire sursauter le public ça peut faire rire une fois, mais rarement deux, surtout quand l’image sensée faire peur montre… des pieds dans le vide. Waouh. #Podophobie), ainsi que des références pourtant bien vues mais pas du tout assumées. En effet, s’il est rapidement claire que I Wish – Faites Un Vœu est plus un divertissement horrifique qu’un véritable film d’épouvante, l’ensemble tente de faire mûrir une double narration, séparant les avancées de son héroïne d’un coté et les conséquences désastreuses de ses vœux de l’autre. Inspiré par les teen horror movie, dont la saga Destination Finale (James Wong, 2000), John R. Leonetti tente d’émoustiller le spectateur en créant un intérêt un chouilla pervers sur les mises à mort des personnages, avec une approche inéluctable et savoureusement sadique quand on voit la catastrophe arrivée. Oui mais voilà, dès que le film commence justement à devenir juteux (scène du broyeur à ordures, par exemple), il s’auto-saborde avec des échappatoires beaucoup trop safes qui n’assument jamais une ambition un tantinet choquante ou potentiellement gore.

Donc si on résume bien : I Wish – Faites Un Vœu joue la carte du teen horror movie d’été (double effet kiss cool), avec une adolescente animée par les rêves les plus plats possibles (il y avait pourtant de quoi se marrer avec une approche plus moderne, comme la télé-réalité et transformer le film en une critique cynique et démoniaque sur les dérives de la télé-poubelle et les conséquences sur les ados – peut-être que je devrai être scénariste ???) et des cadavres qui s’empilent de façon hyper édulcorées (prises de vue nocturnes, images trop suggestives…) et sans véritable prise de risque. Malgré l’exploration du genre horrifique, Leonetti reste très safe à travers une narration trop prévisible qui annihile toute tension ou suspens possible et, le pire finalement, c’est que le film ne coche pas la moindre case du genre recherché. Difficile d’avoir peur devant un traitement aussi répétitif et sans surprise (vœu débile > musique > mort de quelqu’un, et on répète) et l’ensemble se tire une balle dans le pied en voulant faire un film d’horreur quasiment tout public pour l’été : I Wish – Faites Un Vœu n’assume ni sa tentative de divertissement morbide, ni son étiquette horrifique, créant un ensemble à la fois adolescent et scolaire qui se digère et s’oublie dès le générique de fin.

Au casting, les acteurs s’agitent, beaucoup, pour animer un film mou du genou. Le plus choquant restant Ryan Phillippe (Secrets & Lies, Shooter…) qui, à peine sorti du désert, semble visiblement perdu dans cet ensemble pubère qui le domine avec, en vrac, Ki Hong Lee (Le Labyrinthe, Le Labyrinthe – La Terre Brûlée…) et Sydney Park (The Walking Dead, Instant Mom…) en caricatures ambulantes (et validation à peine voilée). À noter tout de même que malgré une écriture désastreuse des personnages, les acteurs s’en sortent relativement bien, peut-être parce que le directeur de casting a fait un bon boulot car Joey King (Braquage à l’Ancienne, Independence Day : Resurgence, Conjuring – Les Dossiers Warren…) incarne parfaitement la niaiserie souvent insupportable de son personnage à travers sa jeunesse et sa bouille toute ronde à la moue facile.
Shannon Purser (Riverdale, Barb dans Stranger Things) est également à l’affiche (j’aurai préférée la retrouver ailleurs !), ainsi qu’Elisabeth Röhm (American Bluff, Joy et surtout Angel, la série !).

En conclusion, si les films d’été riment souvent avec légèreté, I Wish – Faites Un Vœu applique ce précepte à la lettre, pour le plus grand regret des amateurs de films d’horreur. John R. Leonetti livre un film extra-light (0% de tension, 0% de frisson, 0% d’ambition) et comme tout produit allégé, le résultat est décevant et fleure bon l’entourloupe. Je veux bien parfois admettre ou comprendre que certains films fassent peur, même quand ils reposent sur des jumpscares à répétition (Dans le Noir…) ou une ambiance conceptuelle (The Witch, It Comes At Night…), plutôt de que miser sur des codes plus frontaux, mais I Wish – Faites Un Vœu ne se positionne nulle part, et encore moins dans la catégorie des films à voir.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s