[CRITIQUE] Walk With Me, de Lisa Ohlin

Un soldat mutilé qui ne rêve que de remarcher et une ballerine qui connait parfaitement chaque muscle du corps… Forcément, cela ressemble à une recette idéale pour une balade romantique sur fond de drames personnels et introspections. Si le concept est facile, ce n’est pas toujours évident de le transformer en bon film. Lisa Ohlin parvient à allier la sincérité de son histoire à une rencontre à la fois épineuse et sensible. Walk With Me se révèle être un film agréable, accessible et doux, comme il fait bon d’en voir de temps en temps.

Le pitch : Thomas est un soldat en mission dans le Sud de l’Afghanistan. Lors d’une opération il est gravement blessé et perd l’usage de ses jambes. Il entame alors une longue rééducation. Il fait la connaissance de Sofie, une ballerine du Ballet Royal, venue rendre visite à sa grand-mère. Touchée par sa situation, elle décide de l’aider à remarcher en lui faisant découvrir la danse. Malgré leurs différences, une complicité ne tarde pas a se créer entre eux.

À première vue, Walk With Me ne casse pas trois pattes à un canard et pour être totalement honnête, il s’oublie assez vite. Cependant, pendant la découverte, le film de Lisa Ohlin parvient à nous entraîner dans cette rencontre entre ses personnages brisés, l’un aux blessures physiques, l’autre aux cicatrices invisibles mais bien présentes. D’origine danoise et suédoise, le film venu du Nord se démarque par son traitement si différent où la froideur typique (et finalement pas si clichée que ça) devient finalement une partie intégrante de l’histoire, le temps que les personnages s’apprivoisent.

Dénonçant au passage la présence passive et pourtant dangereuse et toxique de son pays en Afghanistan, le film de Lisa Ohlin dresse d’emblée un cadre tendu qu’elle fait voler en éclat – sans mauvais jeu de mots – avant de le reconstruire à travers ses personnages. En effet, Walk With Me s’articule entièrement autour du duo qui anime le film, délaissant effets de style et mise en scène particulière pour laisser suffisamment de place aux émotions qui, à défaut de spectacle de danse, forment un véritable ballet à la fois touchant et accessible. Contrairement à des films comme Patients ou encore De Rouille et d’Os (qui pourrait d’ailleurs être la version opposée de Walk With Me), le film s’éloigne finalement des blessures évidentes de ses personnages pour se concentrer sur leurs parcours personnels et les raisons qui les ont rapproché, malgré leurs différences.
Entre reconstruction du corps et de l’esprit, Walk With Me scrute ses personnages à la loupe, à travers leurs relations et leurs douleurs, tandis que l’histoire navigue autour de la notion de perte et du deuil. Comment retrouver un but à la vie quand on a perdu ses jambes et le moyen de de continuer son travail ? Comment avancer quand il faut affronter la perte imminente de son unique repère ? Si les maux sont différents, Lisa Ohlin explore les mêmes ressources pour écrire ses personnages : si l’un a besoin de béquilles pour marcher, les deux s’appuient l’un sur l’autre pour avance. La simplicité du film rend sa narration plus personnelle et plus sincère, car l’ensemble se débarrasse de fioriture en évitant les écueils trop prévisibles. Ce qui rend l’ensemble attachant, c’est finalement la différence d’approche : un film américain aurait narré un compte de fée, Walk With Me reste réaliste et ne délaisse jamais les traumas de ses personnages (le déni, la peur de l’engagement…) pour mieux les creuser. Là où une bleuette facile aurait fredonner un happy-end plein de guimauve, Lisa Ohlin narre une tranche de vie où une rencontre fortuite permet de relancer une machine qui avait quelque peu dérapé.

Dans l’ensemble, Walk With Me est un film touchant et délicat qui se regarde facilement. Si la réalisatrice ne s’empêtre pas dans une réalisation appuyée, le résultat soigne tout de même une photographie lumineuse qui adoucit une ambiance souvent brusque et chahutée par des personnages brisés. Cependant, l’ensemble reste attendu et une fois éloigné de l’écran, Walk With Me se transforme rapidement en un vague souvenir à la fois agréable, mélancolique… et anecdotique.

Au casting : peu de visages connus pour ma part, je retiendrais surtout le duo incarné par Mikkel Boe Folsgaard (Les Oubliés, Les Enquêtes du Département V : Miséricorde…) et Cecilie Lassen, complémentaires, accessibles et crédibles.

En conclusion, laissez-vous tenter par ce joli film venu d’Europe du Nord. Lisa Ohlin signe une romance délicate, souvent attendue mais à la sincérité conquérante. À voir.

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