[CRITIQUE] My Cousin Rachel, de Roger Mitchell

Le pitch : Angleterre, début du XIXème siècle. Philip, un jeune noble anglais, apprend la mort mystérieuse de son cousin en Italie, survenue peu après son mariage secret avec la jeune et jolie veuve Rachel. Il n’a qu’une idée en tête : découvrir les véritables raisons de sa mort afin de le venger par tous les moyens. Mais la visite inattendue de cette nouvelle cousine va tout bouleverser.

Nouvelle adaptation du roman Ma Cousine Rachel de Daphne Du Maurier, après celle d’Henry Koster en 1952, My Cousin Rachel remet au goût du jour un drame troublant au tableau victorien, nourri par des jeux de manipulations aussi bien entre les personnages que le spectateur.

Veuve éplorée ou veuve noire ? Telle est la question autour de laquelle le film se tisse, alors la première partie de l’histoire semble imposer un partie pris évident et presque si attendu, que j’ai d’abord pris plaisir à voir le héros tomber dans le panneau. Derrières des sous-intrigues de cœur, le film de Roger Mitchell (Coup de Foudre à Nothing Hill, Morning Glory, Un Week-End à Paris...) invite au doute, dans un jeu troublant et efficace du chat et de la souris, sans parvenir à discerner qui mène la danse.
Alors que la manipulation est au centre de l’histoire, My Cousin Rachel repose sur une époque historique, bridée par des mœurs et des classes sociales bien distinctes. C’est à travers ses personnages que Roger Mitchell en explore les ressorts, mais aussi les dangers, entre un héros naïf, jeune et impressionnable, face à une femme plus mature et moins transparente.

Pourtant, si les apparences semblent tracer un chemin bien précis et sans surprise, My Cousin Rachel ne cesse de surprendre en inversant habilement la vapeur, et si le héros semble bien sûr de lui, c’est finalement avec les nerfs du spectateur que le film s’amuse. En effet, Roger Mitchell nous invite à part entière dans son histoire, nous proposant un siège aux premières loges de ce spectacle intimiste et noueux où la vérité joue à cache-cache avec les faux-semblants. Autour d’une Rachel aussi séduisante qu’intrigante, le film oscille entre manipulation et romance complexes, où l’ambiguïté du personnage étoffe une histoire qui aurait facilement pu devenir ronflante. Au contraire, My Cousin Rachel tisse une intrigue mouvante où le coupable change de visage et flirte avec la folie passagère, tandis qu’au centre, Roger Mitchell sublime un personnage charismatique et vénéneux, comme un parfum obsédant qui se respire encore, bien après la fin du générique final.

Cependant, à l’instar du récent (et fabuleux) The Young Lady (et rappelant parfois le magnifique Stoker de Park Chan-Wook), le film de Roger Mitchell ne tient qu’à un fil : l’interprétation excellente de la belle Rachel Weisz, à l’aise dans ce registre british et romanesque. Car, dans l’ensemble, My Cousin Rachel ne brille pas vraiment dans sa réalisation, ne profitant pas assez des décors majestueux et victoriens qui sont à sa disposition, tant le film se focalise sur son personnage phare, délaissant finalement les autres aspects du film. Du coup, si l’intrigue principale ne manque pas de saveur, le film souffre tout de même d’un manque d’aspérité certain quand il tente de s’intéresser à un autre personnage que Rachel. Et même là, Roger Mitchell refuse d’y apposer sa patte sur ce personnage plein de contraste et propose une adaptation scolaire du livre, bien plus contemplative que réellement immersive et oppressante, comme le voulait le récit original.

Au casting, autour de Rachel Weisz (Une Vie Entre Deux Océans, Youth, The Lobster…), Sam Claflin (Le Chasseur et La Reine des Glaces, Avant Toi, Hunger Games…) se débat pour arriver à sa cheville et reste plutôt convaincant dans son personnage de grand enfant, tandis qu’Iain Glen (Game Of Thrones, Resident Evil, Kick Ass 2...) et Holliday Grainger (Cendrillon, The Borgias…) animent des seconds rôles qui auraient mérité plus d’espace.

En conclusion, Roger Mitchell revisite un drame classique, magnifiquement porté par une Rachel Weisz envoûtante. Cependant, là où Daphne Du Maurier narrait une histoire plus noire et moins bienséante, My Cousin Rachel cristallise une héroïne Shakespearienne dans un récit aux atours un poil plat. Néanmoins, le film nous entraîne dans son jeu tortueux à souhait. À voir, donc.

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