[CRITIQUE] The Circle, de James Ponsoldt

Le pitch : Les Etats-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité tout entière…

L’avenir des univers dystopiques a toujours quelques heures devant lui, comme le prouve cette adaptation du roman de Dave Eggers. S’inscrivant dans l’air du temps, The Circle observe le monde des nouvelles communications 2.0 centré autour d’un fourre-tout rappelant vaguement et aléatoirement Google, Facebook et Twitter, réunis dans une entreprise fictive au monopole croissant. Le film de James Ponsoldt (The Spectacular Now…) pose la question des pièges et autres limites du virtuel en tentant une immersion assez maladroite qui proposait pourtant un postulat de départ assez intéressant.
En effet, The Circle nous plonge dans sa bulle sur-connectée à travers le recrutement d’une jeune moldue, Mae, qui va rapidement prendre goût à son nouvel univers aseptisé qui prône un semblant de transparence hyper collaborative pour le bien-être général. Sous couvert d’ambitions altruistes, les têtes pensantes de The Circle noient judicieusement la désacralisation de la vie privée en mettant en avant la protection de l’être humain et l’avancée technologique fulgurante, face à un auditoire relativement jeune et malléable. Au début, le discours accroche, car avec ces faux airs de discours de politicien bien rodé, le film de James Ponsoldt manie bien la langue de bois et quand il parle de partage et de rapprochement des uns et des autres, The Circle illustre surtout un monde de paraître, de personnages bien plus isolés et attachés à leurs images publiques, dans une sorte de léthargie ambiante et passivement enthousiaste. L’aspect sectaire du film est une excellente allégorie quand il caricature et stigmatise ses protagonistes, déconnectant rapidement son héroïne du monde réel pour mieux la happer dans cette parenthèse superficielle – faisant des autres des monstres marginaux au passage.

Cependant, une fois le postulat – attendu – établit, The Circle ne parvient pas à voir plus loin et s’acharne à enfoncer des portes ouvertes, en restant en surface et caché derrière un discours politique trop facile, au lieu d’utiliser ce sujet pourtant très actuel pour tenter d’atteindre ses spectateurs. Dommage car, quitte à s’éloigner éventuellement du livre (que je n’ai pas lu), James Ponsoldt avait un terrain de jeu intéressant qu’il aurait pu mieux explorer. À partir du moment où l’héroïne est mise en avant, le film préfère se réfugier derrière des ressors prévisibles et plutôt softs alors que l’intrigue soulève des dangers pourtant bien réels et inquiétants. Pression sociale, paranoïa, violation de la vie privée, déformation de la réalité via le spectre du virtuel, l’omniprésence du digital, jusqu’au risque de transformer un outil ludique en moyen de surveillance totalitaire… Autant de sujets effleurés par le film, sans réellement s’attarder sur les conséquences, en dehors que quelques micros twists pour réveiller l’attention du spectateur. The Circle propose une incursion privilégiée au sein de la génération Y et surtout Z où la cible peut se reconnaître mais se retrouvent dépossédée par un message abstrait (politique) et survolé qui ne lui correspond pas forcément, tandis que les plus curieux et moins adeptes des réseaux sociaux devront se contenter d’un quintal de flan ronflant, remuant des risques qui n’ont, finalement, pas vraiment attendu internet pour exister (Watergate, bonjour).
Si le contexte global du film est maladroitement traité, c’est finalement le parcours de l’héroïne qui laisse perplexe. Présentée comme un personnage dynamique réduite à travailler dans un SAV obscure qui utilise encore des *soupirs* téléphones (c’te honte !), la fameuse Mae n’utilise jamais son point de vue fraîchement venu de l’extérieur pour remettre en question les propositions ou agissements de son entreprise (une camera invisible et sans fil pour aider les militants… ou les pervers qui pourront espionner leurs victimes à loisir ?). Si on peut aisément comprendre le caractère impressionnant d’un employeur simili-Google sur un jeune adulte, le film laisse dériver son personnage dans une nébuleuse naïve, conciliante et commode, la transformant en pantin pour nourrir le propos du film au lieu d’en faire un véritable messager avec un vrai parti pris (en faveur ou non de l’entreprise, d’ailleurs), pour finalement bricoler une prise de conscience bancale et sans véritable impact.

Que reste-t-il donc à se mettre sous la dent finalement ? Alors que James Ponsoldt adapte un roman orienté « jeunes adultes » avec une dimension dystopique, on retrouve tout de même une proposition très proche de la réalité, trop proche même. À l’instar d’un (ou plusieurs !) épisodes de la série Black Mirror qui pousse le curseur jusqu’à la limite du tolérable, The Circle opte pour une vision plutôt soft, bercée par un happy end illusoire alors que la plupart des risques évoqués dans le film sont bien réels. Une imagerie aseptisée et blanchâtre pour souligner scolairement le coté futuriste (mais pas trop) de l’histoire (on évite de peu la photo bleuie… trop obvious, j’imagine), quelques pointes de lucidité qui éclaboussent le film de temps à autres (l’explication du profil social de Mae, les interventions du Big Boss Tom Hanks qui reflètent bien la langue de bois faussement cools des communicants de haut vol…) et des moments sombres où malgré son sujet un poil techno, The Circle offre des moments de perdition où les acteurs prennent en photo leurs écrans d’ordinateur avec leurs portables et se baladent dans des couloirs de métros désaffectés et inondables où sont sensés se trouver des serveurs… – quand les données ne sont pas dans… le « cloud » T_T (je connais un ou deux pros qui se sont étouffés de rire à ce sujet). Même la scène où Rocky regarde les nuages dans Creed est plus cohérente !!!

Au casting, qui de mieux pour représenter la jeune génération Y qu’Emma Watson (La Belle et la Bête, Régression, Noé…), qui a grandi avec Harry Potter ? L’actrice, portée par une hype de plus en plus discutable, ne parvient pourtant pas à se démarquer dans ce film (ni les autres films qu’elle a pu faire jusque là, en réalité – sauf peut-être dans Le Monde de Charlie). Malgré son potentiel charming, Emma Watson est d’une fadeur sans nom, que ses mimiques contrites ne parviennent toujours pas à sauver, embourbée dans un personnage sans véritable intérêt une fois l’intrigue énoncée. À ses cotés, Tom Hanks (Inferno, Sully, Dans L’ombre de Mary…) remplit son rôle, malgré la platitude du film, incarnant plutôt bien son rôle de big boss charismatique, épaulé par un Patton Oswalt (Agents of SHIELD, La Vie Rêvée de Walter Mitty…) discret. Karen Gillan (Les Gardiens de la Galaxie 2, The Big Short…) retrouve sa chevelure et retrouve presque le personnage qu’elle incarnait dans sa feue série Selfie, tandis que John Boyega (Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force…) semble se demander ce qu’il fait là tout du long (moi aussi je me suis posée la question) et qu’Ellar Coltrane (Boyhood…) prouve que 12 ans de tournage estival ne suffit pas à devenir un acteur convaincant.
À noter également qu’il s’agit du dernier film de Bill Paxton (Night Call, Edge Of Tomorrow… mais surtout Terminator, Aliens, True Lies…), disparu en début d’année.

En conclusion, pour ceux qui n’aiment pas ou se méfient des réseaux sociaux, The Circle suffit amplement à convaincre du danger de ces derniers pour alimenter les repas de famille ou d’éventuelles leçons de morales destinés à des adolescents. Pour les autres, le film de James Ponsoldt ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes en se planquant derrière ses têtes d’affiche en égrainant un scénario peu fourni qui se contente de survoler un sujet ambitieux et moderne. C’est à ce se demander si les auteurs du film connaissaient-il vraiment leur sujet ou si l’idée était juste de s’approprier deux effets de mode (le virtuel et les sagas dystopiques) sans vraiment les assumer ? À tenter, sans grand espoir quand même.

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