[CRITIQUE] Annabelle 2 : La Création du Mal, de David F. Sandberg

Moins précipité que le premier opus, Annabelle 2 : La Création du Mal vient relever le niveau avec une intrigue construite et de bonnes surprises au compteur. Un peu (souvent) maladroit au début, mais dopé par quelques scènes de flippe bien fichues, Si David F. Sandberg exploite une recette plutôt classique entre jumpscare et terreurs enfantines, l’ensemble s’avère plutôt efficace.

Le pitch : Elle est de retour ! Encore traumatisés par la mort tragique de leur petite fille, un fabricant de poupées et sa femme recueillent une bonne sœur et les toutes jeunes pensionnaires d’un orphelinat dévasté. Mais ce petit monde est bientôt la cible d’Annabelle, créature du fabricant possédée par un démon…

La saga Conjuring n’en finit plus de faire des petits. Après un premier et très bon opus, Les Dossiers Warren, signé James Wan, le spin-off Annabelle s’est hâté sur nos écrans pour livrer une tentative horrifique fabriquée à la va-vite et à peine sauvée par une seule scène notable. Alors que la suite de Conjuring, Le Cas Enfield (toujours de James Wan) a lui aussi donné naissance à un futur spin-off autour d’une nonne terrifiante, le potentiel d’Annabelle n’a pas été remisé au placard. Au contraire, tout est lié : l’année dernière, James Wan produisait l’intéressant Dans Le Noir, l’adaptation d’un court-métrage réalisé par David F. Sandberg. Ce dernier ayant réalisé une version longue plutôt convaincante a pris les rennes de la suite d’Annabelle, laissant John R. Leonetti vaquer à ses occupations.
Si ce genre de film semble, de prime abord, être clé en main, puisque porté par la vision de James Wan, David F. Sandberg avait tout de même du pain sur la planche : le premier Annabelle s’était avéré plutôt décevant, le premier film du réalisateur était l’extension d’un court-métrage qui montrait pas mal de faiblesses en terme de narration sur la longue durée, tandis que les moments de frissons reposaient essentiellement sur du jumpscare. Certes, cet artifice a toujours son petit effet (ou pas), mais pour Annabelle 2 : La Création du Mal, il fallait proposer du solide.

Globalement, Annabelle 2 : La Création du Mal est plutôt réussi : David F. Sandberg prend le temps de construire son intrigue, plutôt que de foncer dans le tas, et choisit de placer le curseur du point de vue enfantin. Un choix intéressant, car tout du long, le film va se nourrit d’un ensemble de terreur nocturnes, de peurs enfantines et surtout de réactions qui sont logiques par rapport à l’âge des personnages. Et oui, combien de fois avons-nous déjà facepalmé devant un acteur qui avait une réaction un peu stupide face au danger ? Ici, le fait que ce soit des enfants donne une ouverture possible à l’exagération sans tourner au ridicule, tandis que la curiosité innocente mène à des pièges souvent béants, mais finalement bien exécutés et cohérents. Du coup, le film nous attache facilement à ces personnages, entre un contexte fragile et bien amené, et la naïveté ambiante, mais compréhensible. En effet, entre un troupeau de petites orphelines (dont une qui a eu la polio) et une bonne morale pieuse, Annabelle 2 : La Création du Mal crée un cadre déjà propice à la frayeur facile et à la prise de partie, sans pour autant tenter de nous avoir en faisant du mélo autour de la situation des gamines, avant d’amorcer un visage plus sombre où David F. Sandberg prend un malin plaisir à agraver le cas de ses personnages.

L’ensemble ne révolutionnera certainement pas le cinéma d’horreur, mais mérite tout de même un peu d’attention. David F. Sandberg puise allègrement dans les codes classiques de l’horreur tout en ayant moins la main lourde sur les jumpscares, pour faire mûrir une ambiance sous tension et obscure. Si les artifices sont attendus et que l’œil du spectateur sait de quel coin de l’écran il faut se méfier, Annabelle 2 : La Création du Mal parvient tout de même à satisfaire la curiosité gentiment malsaine des amateurs de frissons en leurs servant des scènes plutôt sympathiques et légèrement crispantes – voire très flippantes si vous êtes déjà du genre sensible. Derrière une recette facile qui semble aussi bien inspirée par les films de James Wan que les classiques de William Friedkin (L’Exorciste), Annabelle 2 : La Création du Mal reste néanmoins efficace en jouant judicieusement sur la prévisibilité de ces effets de style pour éviter l’ennui. Il faut aussi noter que le principe même d’Annabelle, cette poupée flippante qui refuse de se la jouer Chucky, rend l’exercice intéressant, surtout quand David F. Sandberg revisite le seul point fort du premier opus pour en faire son terrain de jeu. Résultat : entre frissons, paranormal et monstre du placard, Annabelle 2 : La Création du Mal déjoue habilement les écueils attendus en cultivant une atmosphère suffisamment tendue et inquiétantes pour titiller même les plus réfractaires et se démarquer des soupes horrifiques habituelles.

Cependant, malgré ses efforts, David F. Sandberg ne maîtrise pas totalement son style. La première partie, surtout, est très maladroite et installe des fils conducteurs épais comme des poutres et peu subtiles. D’une photographie au trucage douteux jusqu’à des prises de vue étranges, le réalisateur expérimente beaucoup derrière la caméra et le scénario est souvent maladroit durant la première partie. Autant de détails qui, au début du film, laissent présager le pire et même si la suite s’améliore rapidement, Annabelle 2 : La Création du Mal donnera toujours l’impression qu’il aurait pu être mieux. De plus, si l’idée d’explorer le point de vue du niveau des enfants donne lieu à quelques bonnes surprises (c’est toujours dérangeant de voir un enfant qui ferait fuir Hannibal Lecter), c’est justement la présence de ces enfants qui freine le film dans ses intentions, parce qu’il restera toujours trop soft.

Coté casting, si les enfants sont au centre, le film évite de jouer la carte du pathos pour nous attacher à cette ribambelles d’orphelines, d’une part en jouant sur les différences d’âges mais aussi en évitant de forcer le trait sur leur contexte tristouille. Facile, donc, de se laisser embarquer par la jeune Talitha Bateman (Ma Vie de Chat, La 5ème Vague…), épaulée par Lulu Wilson (Ouija : Les Origines, Délivre-Nous Du Mal…), déjà experte du genre. Autour d’elles, une galerie de camarades secondaires mais utiles quand il le faut, interprétées notamment par Philippa Coulthard, Grace Fulton et Tayler Buck. Coté adultes, Anthony LaPaglia (Riviera…) semble un peu pataud et pas très à l’aise dans ce type de rôle, tandis que Miranda Otto (Westworld…) et Stephanie Sigman (Narcos…) oscillent entre la figuration et la pointe de sel inattendue.

En conclusion, si le premier film Annabelle m’avait moyennement convaincue, la suite signée David F. Sandberg parvient à se démarquer du cinéma d’horreur actuel, trop souvent dénué d’imagination et d’ambition, mais parvient à trouver une brèche salvatrice en reprenant une recette classique qu’il applique efficacement. Annabelle 2 : La Création du Mal fait le job : certes les défauts sont là, mais les frissons aussi. À voir.

PS : il y a éventuellement une scène post-générique U_U #LesVraisSavent

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