[CRITIQUE] Lola Pater, de Nadir Moknèche

Le pitch : À la mort de sa mère, Zino décide de retrouver son père, Farid. Mais, il y a 25 ans, Farid est devenu Lola…

Des films sur les relations père-fils et leurs retrouvailles, il y en a beaucoup. Nadir Moknèche (Goodbye Morocco, Délice Paloma, Viva Laldjérie…) pousse le curseur un peu plus loin avec ce père atypique, transsexuel, teinté par ses racines franco-algériennes. Ce sont ces deux thématiques fortes qui font de Lola Pater une découverte curieuse et touchante, car le film ne cherche ni à revendiquer un droit ni à imposer un quelconque message, mais se tisse autour d’une situation étonnante pour animer ses personnages. Entre tranches de vie et drame familial, Nadir Moknèche ose effleurer les tabous sans en faire tout un plat, de la difficulté d’assumer une nouvelle identité à l’acceptation. Lola Pater choisit une narration à la fois simple et juste pour raconter ce face-à-face entre un fils endeuillé et son père devenu femme, et au milieu : un décès et un passé compliqué. Nadir Moknèche va à l’essentiel et en se focalisant sur ses personnages, il parvient à dresser un tableau et un contexte à la fois social et familial, sans pour autant en faire des caisses sur ce qui rend le rapprochement aussi difficile. Avec finesse, le réalisateur puise dans ses racines et propose une facette de la communauté franco-algérienne moins controversée et plus ouverte que dans ses clichés, là où un jeune homme moderne va lutter entre ses a-prioris et un égo masculin froissé par ce père inattendu. Ces deux personnages en quête de nouveaux repères se cherchent l’un dans l’autre, aussi bien pour se retrouver que s’accepter.

Si Lola Pater ne fait pas vraiment d’étincelle, il n’en reste pas moins attachant et lumineux, offrant des moments piquants via le personnage de Lola et son identité double. À travers ses personnages, Nadir Moknèche laisse filtrer un message de tolérance, pas celui universel comme aurait pu le faire un film au postulat plus vindicatif, mais plus personnel et intimiste, soulignant que c’est à chacun de faire un pas vers l’autre, individuellement. Mais le plus réussi finalement, cela reste le traitement de ce duo sensible, en quête d’identité et de reconnaissance à travers les liens du sang, et surtout porté par une Fanny Ardant (Five, La Grande Bellezza…) incandescente.
En effet, Fanny Ardant trône au casting : si Nadir Moknèche ose ce choix, quelle autre actrice aurait pu porter un rôle aussi piquant sans l’exagérer ? Juste et fascinante, Fanny Ardant oscille d’une féminité débordante aux airs masculins troublants en une fraction de seconde, soulignant à la perfection la complexité naturelle de son personnage. À ses cotés, Tewfik Jallab (Ce Qui Nous Lie, L’Outsider…) cristallise un personnage coincé entre ses repères et ses a-prioris, offrant un regard certes confus mais jamais dans le jugement.

En conclusion, l’approche humaine de son sujet permet à Lola Pater de mettre en abîme des personnages et des thématiques avec une justesse adaptée et beaucoup de simplicité. Nadir Mocknèche signe un film agréable, habité par une Fanny Ardant superbe. À voir.

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