[CRITIQUE] Spy, de Paul Feig

Spy

Porte-parole des seconds rôles comiques dans les comédies classiques, Paul Feig retrouve sa muse, Melissa McCarthy, pour son nouveau film Spy. Sorte de James Bond pour les nuls, Spy décomplexe le mythe de l’espion guindé au glamour à toutes épreuves dans une comédie à la fois accessible et totalement loufoque, où gags et cascades s’enchaînent à une vitesse folle. Vanneuse professionnelle et reine du film, Melissa McCarthy mène la danse, quitte à être parfois trop poussive, transformant trop souvent Spy en une comédie un poil lourdingue qui finit par faire ressortir quelques longueurs. Divertissant, mais un tantinet laborieux.

Le pitch : Susan Cooper est une modeste et discrète analyste au siège de la CIA. Héroïne méconnue, elle assiste à distance l’un des meilleurs espions de l’agence, Bradley Fine, dans ses missions les plus périlleuses. Lorsque Fine disparaît et que la couverture d’un autre agent est compromise, Susan se porte volontaire pour infiltrer le redoutable univers des marchands d’armes et tenter d’éviter une attaque nucléaire…

Après le succès de Mes Meilleures Amies (Bridesmaids) en 2011 et le crash royal du film Les Flingueuses en 2013, Paul Feig n’a pas baissé les bras et revient avec Spy. Si la promotion française du film mise surtout sur la présence de Jude Law et Jason Statham au casting, la véritable star du film reste Melissa McCarthy qui incarne un personnage lambda qui, par amour et esprit de revanche, va s’improviser espion. Improviser est bien le mot : en effet, le film de Paul Feig repose entièrement sur l’humour et les réparties cinglantes de l’actrice, jusque là habituée à des rôles plus ou moins ingrats. Très vite, Spy balaie le coté glamour et classe de l’espionnage, entre hôtels miteux et camouflages grossiers, pour multiplier les situations comiques et grotesques. Dans un premier temps, cela fonctionne : en créant des personnages aussi accessibles, le film de Paul Feig nous entraine dans cette aventure aussi insensée que divertissante. En effet, si le réalisteur s’intéresse toujours à ces personnages de l’ombre qui défient les standards hollywoodiens, c’est non seulement pour casser ces stéréotypes mais aussi pour créer une empathie bien plus facile pour ces personnages normaux à tendance doux-dingues. Du coup, alors que la première partie du film prend ses marques, confrontant son personnage principal à la réalité du terrain, Spy possède une fluidité naturelle et attractive, provoquant des éclats de rire sans effort et réussissant à capter l’attention grâce à de l’action fun et surprenante. Alors que l’intrigue évolue vers un plot-twist plutôt prévisible, Spy a tout de même quelques bons atouts dans sa manche, grâce à un style assumé qui saisit toutes les ouvertures possibles pour animer son histoire et des seconds rôles inattendus, parfois grotesques mais souvent attachants.

Et puis soudain, tout change. Alors que le film misait sur la gaucherie de ses personnages et les situations qui dérapent facilement, Spy décide soudain d’inverser la vapeur et d’opter pour l’exagération au maximum, éclatant une petite bulle sympathique pour se transformer en « Melissa McCarthy Show ». Véritable Seth Rogen au féminin, l’actrice enchaîne les vannes trop souvent à rallonge et sous la ceinture, avec une insistance qui à tendance à agacer. Si ce type de personnage est parfait en side-kick, dans Spy c’est un premier rôle épuisant, qui vampirise le film. À force de mettre tous ses œufs dans le même panier, Spy délaisse une histoire déja fragile et s’embourbe dans un final légèrement chaotique, qui mettra certes la reine du film en avant sans pour autant réussir à masquer ses creux entre deux scènes d’action.

Alors que c’était plutôt bien parti, le changement de ton du film est quitte ou double. Pour aimer Spy, il faut adhérer à l’humour de Melissa McCarthy qui en fait des caisses dans un film où son personnage est enfin mis à l’honneur. Alors que tout est une question de dosage, Paul Feig en fait trop et ne parvient pas à équilibrer agréablement son film, passant d’un extrême à l’autre sans prévoir de respiration dans la seconde partie du film. Résultat, si Spy divertit grâce à un rythme effréné, il passe tout de même à coté de son potentiel en misant essentiellement sur une actrice pas si connue que ça outre-atlantique et en délaissant partiellement ses seconds rôles.

Au casting, on y retrouve donc *roulement de tambour*… Melissa McCarthy : si elle épuise et en fait des tonnes, il faut toutefois souligner le fait qu’elle rayonne sur le film. Jamais très éloignée de son alter-ego grossier (Tammy, Les Flingueuses, Very Bad Trip 3…), elle parvient toutefois à apporter de la féminité à son personnage, une facette qu’elle n’aborde que trop rarement. À ses cotés, Rose Byrne (Nos Pires Voisins, Insidious, Les Stagiaires…) est fun dans son rôle de vilaine au look hyper cheap, confirmant que la comédie est le domaine qui lui sied, tandis que Jason Statham (Expendables, Le Transporteur, Fast and Furious 7…) décompresse en parodiant ses propres rôles de gros durs. Allison Janney (Mom, La Couleur des Sentiments…), Peter Serafinowicz (Les Gardiens de la Galaxie…) et Miranda Hart (Call The Midwife, Miranda…) viennent égayer l’ensemble mais Jude Law (The Grand Budapest Hotel, Effets Secondaires…), quant à lui, est totalement transparent voire quasiment inutile.

En conclusion, alors que Matthew Vaughn a déjà remporté la partie avec un film du même genre alliant espionnage à l’humour trash et déjanté, à savoir Kingsman : Services Secrets, celui de Paul Feig souffre de la comparaison. Si le rythme y est, Spy a bien du mal à équilibrer son intrigue et ses personnages en se reposant bien trop sur les épaules d’une Melissa McCarty en roue libre. Fun, certes, mais épuisant. À voir.

Pulp Fiction reboot

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